4 février 2020

Tout s'explique

L’échec des politiques publiques pour réduire les pesticides

Que reproche la Cour des comptes concernant l’usage des pesticides ?

La Cour des comptes, la juridiction chargée du contrôle des dépenses publiques, a publié aujourd’hui un document adressé le 27 novembre au Premier ministre, Édouard Philippe, dans lequel elle constate que les effets des politiques publiques visant à réduire l’usage des pesticides « demeurent très en deçà des objectifs fixés ». Ceux-ci ont été définis par plusieurs plans Écophyto, dont le premier lancé fin 2007 avec le Grenelle de l’environnement, une série de rencontres pour développer une politique écologique. Le premier plan Écophyto prévoyait la réduction de 50 % de l’usage des pesticides en 10 ans. Malgré le vote de deux nouvelles versions du plan Écophyto, en 2015 et en 2019, cet objectif a été repoussé à 2025. La Cour des comptes rappelle que les pouvoirs publics ont pourtant mobilisé « des fonds publics importants », estimés à 400 millions d’euros pour la seule année 2018.

Comment l’utilisation des pesticides a-t-elle évolué en France ?

Le ministère de l’Agriculture a publié le 7 janvier une note de suivi du plan Écophyto, dans laquelle il révèle que l’achat de pesticides par les exploitations agricoles a fortement progressé ces dernières années. Le nombre de doses unités (Nodu) de pesticides vendues en France en 2018 a augmenté de 24 % par rapport à 2017 et de 25 % entre 2009 et 2018. L’indicateur Nodu est calculé à partir des données de vente des pesticides des distributeurs. Le ministère attribue cette hausse « aux conditions climatiques » et à « une anticipation de l’augmentation de la redevance pour pollution diffuse », une taxe que doivent payer les utilisateurs de pesticides, dont l’assiette et le taux ont été augmentés en 2019, ce qui a conduit certains acheteurs à constituer des stocks.

Que répond le gouvernement ?

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a adressé hier un courrier à la Cour des comptes pour répondre à son bilan et à ses recommandations. Alors que la Cour des comptes réclame plus de transparence sur les données et les analyses concernant les pesticides, le Premier ministre souligne qu’un outil de visualisation des données de vente de pesticides par département sur la période 2008-2018 est accessible au public depuis janvier. En outre, Édouard Philippe rappelle plusieurs actions récentes du gouvernement, comme l’interdiction depuis le 1er janvier d’épandre des pesticides à moins de 5 à 10 m des habitations, selon les cultures. Alors qu’il s’y était personnellement engagé, Emmanuel Macron a déclaré le 24 janvier qu’il ne parviendrait pas à interdire d’ici 2021 le glyphosate, un herbicide classé « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence intergouvernementale.