20 février 2020

Tout s'explique

Attentats à « motivation xénophobe » en Allemagne

Que s’est-il passé en Allemagne ?

Deux fusillades perpétrées hier soir dans des bars à chichas de Hanau, une ville du centre de l’Allemagne, ont fait neuf morts et plusieurs blessés graves, selon la police allemande. Le suspect de ces attaques, un Allemand né à Hanau, a été retrouvé mort à son domicile quelques heures plus tard, aux côtés d’un autre corps dont l’identité n’a pas été révélée par la police. Le parquet antiterroriste s’est saisi ce matin de l’enquête, précisant que les attentats avaient une « motivation xénophobe ». Plusieurs médias ont pu consulter une vidéo et un manifeste postés en ligne par le suspect avant leur effacement. L’auteur y appelle « à l’extermination de divers pays d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie centrale » et affirme que le président américain, Donald Trump, lui a « volé ses idées », selon l’universitaire allemand Peter Neumann, spécialiste du terrorisme, qui a eu accès au texte.

Quelles précédentes attaques xénophobes l’Allemagne a-t-elle connues ?

Début juin, Walter Lübcke, un élu local ouvertement favorable à l’accueil des migrants, a été retrouvé mort à Cassel, dans le centre du pays, tué par balle. Le suspect du meurtre est décrit par la police comme proche de la mouvance néonazie. En octobre, un sympathisant d’extrême droite a tiré sur une synagogue puis sur un restaurant turc, tuant deux personnes, à Halle, dans l’est du pays. Il avait filmé et diffusé l’attaque sur Internet. Vendredi dernier, la police a arrêté 12 membres d’un groupuscule d’extrême droite, soupçonnés de préparer l’attaque de plusieurs mosquées. Ils avaient prévu de filmer et de diffuser leurs crimes en ligne. Depuis fin septembre, huit hommes âgés de 21 à 32 ans, originaires de Chemnitz, dans l’est du pays, et présentés comme des néonazis, sont jugés pour avoir voulu perpétrer des attentats « contre des étrangers et des personnes de convictions politiques différentes ».

Comment évolue le terrorisme d’extrême droite en Allemagne ?

L’Office fédéral de la protection de la Constitution (BfV), le service des renseignements intérieurs, recensait 24 100 militants d’extrême droite en 2018 contre 65 000 militants en 1990. Si ce nombre est en recul, celui des militants classés comme violents par le BfV a fortement progressé : 12 700 en 2018 contre 1 400 en 1990. Dans une étude publiée en décembre, la chercheuse Nele Katharina Wissmann estime que l’extrême droite allemande s’est profondément transformée depuis les années 1990, s’étant « à la fois radicalisée et embourgeoisée ». En s’appuyant sur les chiffres de la police, elle note que les crimes obéissant à des motivations politiques sont plus souvent le fait de l’extrême droite que de l’extrême gauche ou de groupuscules djihadistes. Elle précise que, « comme dans le terrorisme islamiste », il y a de plus en plus de « loups solitaires », des terroristes qui agissent seuls et sans suivre les instructions d’une organisation.