27 février 2020

Tout s'explique

Violences intercommunautaires en Inde

Quelle est la situation en Inde ?

Depuis lundi, 38 personnes ont été tuées et plusieurs centaines autres ont été blessées dans des affrontements entre hindous et musulmans dans le nord-est de Delhi, un territoire auquel appartient la capitale indienne, New Delhi, selon un bilan annoncé aujourd’hui par plusieurs hôpitaux. Selon plusieurs médias indiens, des groupes armés hindous s’en sont pris à des musulmans ainsi qu’à leurs habitations, leurs commerces et leurs lieux de culte. Ces émeutes ont commencé alors que des manifestations se déroulent dans l’ensemble du pays depuis l’adoption en décembre d’une loi permettant de naturaliser les immigrés issus de trois pays frontaliers, à condition qu’ils ne soient pas musulmans. Selon des témoins interrogés par les correspondants du Monde et du Figaro, les assaillants ont crié « Jai Shri Ram », soit « Vive le dieu Ram », le slogan des militants nationalistes hindous.

En quoi consiste le nationalisme hindou ?

Le Sangh Parivar est le principal réseau nationaliste hindou. Il regroupe diverses organisations, comme des syndicats, des groupes paramilitaires et un parti politique, le Bharatiya Janata Party, auquel appartient le Premier ministre, Narendra Modi. Toutes adhèrent à l’idéologie de l’Hindutva, qui promeut la fierté d’être hindou. Cette idéologie se décline « dans des versions plus ou moins virulentes et dont les actions vont d’activités de recherches historiques à des agressions physiques, parfois meurtrières », précise la chercheuse Sylvie Guichard dans le site La Vie des idées. Le concept d’Hindutva a été créé en 1923 par le nationaliste Vinayak Damodar Savarkar, qui défendait l’indépendance de son pays vis-à-vis de l’Empire britannique, finalement obtenue en 1947. En 1944, lors d’un entretien avec le journaliste américain Tom Treanor, il déclarait que les musulmans en Inde devraient être traités comme les « nègres » aux États-Unis, où la ségrégation était alors en vigueur.

Quels sont les précédents dans le conflit entre hindous et musulmans ?

Depuis l’indépendance de l’Inde, les conflits intercommunautaires opposent principalement les hindous aux musulmans. Plusieurs facteurs l’expliquent, dont la décision de l’Empire britannique en 1947 de créer deux États lors de la partition des Indes : l’Inde, à majorité hindoue, et le Pakistan, majoritairement musulman. Cette partition a entraîné l’exode d’environ 10 millions de personnes – des musulmans fuyant vers l’ouest et des hindous vers l’est – et le massacre de centaines de milliers de personnes des deux communautés. Cependant, les violences entre hindous et musulmans sont plus anciennes et mentionnées dès le XIVe siècle, selon Christophe Jaffrelot, directeur de recherche au CNRS. En 2002, environ 2 000 musulmans ont été tués dans des émeutes dans l’État du Gujarat. Ces violences se singularisent, selon Christophe Jaffrelot, « par l’implication sans précédent du gouvernement de cet État », en particulier de son chef, qui était alors Narendra Modi.