5 mars 2020

Tout s'explique

Les chercheurs mobilisés contre un projet de loi

Contre quel projet de loi les chercheurs se mobilisent-ils ?

La Coordination nationale des facs et labos en lutte ainsi que tous les syndicats du secteur ont appelé aujourd’hui à une grève contre la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Elle avait été annoncée en février 2019 par le Premier ministre, Édouard Philippe, dans le but de « redonner à la recherche de la visibilité, de la liberté et des moyens ». Composés de scientifiques français et étrangers et d’industriels, trois groupes de travail installés par le gouvernement ont remis leurs propositions en septembre. Une consultation a été menée sur Internet. Alors que le projet de loi doit être présenté au printemps en Conseil des ministres, les syndicats s’inquiètent de n’avoir reçu « aucun projet précis ». « Les bribes de textes qui circulent s’ajoutent aux déclarations malheureuses et créent un climat délétère où prospèrent rumeurs fantasques mais aussi inquiétudes légitimes », écrivent-ils dans un communiqué.

Que lui reprochent-ils ?

Les inquiétudes portent sur l’emploi, la qualité de la recherche et son financement. Les syndicats critiquent en particulier la création d’un « contrat à durée indéterminée de mission scientifique », une proposition issue des groupes de travail. Ce contrat permettrait de recruter des chercheurs le temps d’un projet. Pour les syndicats, il ne répond « en rien aux problématiques actuelles de la recherche » où « l’emploi statutaire » – au statut de fonctionnaire – « se raréfie » [PDF]. Le comité d’éthique du CNRS, un organisme public de recherche, craint que la quête de publications et de contrats instaure une « compétition » propice au développement de « fraudes telles que le plagiat et la falsification des résultats ». Les syndicats demandent plus de moyens pour les laboratoires, mais aussi pour l’enseignement supérieur où le manque de personnel contraint les enseignants-chercheurs « à laisser les heures complémentaires grignoter leur temps de recherche ».

Comment est financée la recherche en France ?

La France consacre 0,86 % de son PIB à la recherche publique, soit une part « inférieure à celle des pays leaders », selon une étude publiée en 2018 par la direction générale du Trésor. Emmanuel Macron a affirmé à plusieurs reprises sa volonté de porter ce montant à 1 % du PIB. La recherche publique est financée par des crédits de base, versés de manière régulière aux organismes de recherche, et par des crédits alloués sur appel à projets. Le Comité national de la recherche scientifique (CoNRS), une instance collective placée auprès du CNRS, note que les seconds prennent le pas sur les premiers, ce qu’il juge négatif. Il estime que le temps consacré pour les obtenir, entre la rédaction des appels à projets et leur évaluation, est « disproportionné ». Cependant, selon la direction générale du Trésor, le total des financements sur projet reste faible en France, plaçant le pays « en dernière position parmi les pays comparables ».