9 mars 2020

C'est leur avis

L’affaire Polanski et la présomption de culpabilité

La remise du César de la meilleure réalisation à Roman Polanski le 28 février a scandalisé plusieurs mouvements féministes alors qu’une dizaine de femmes ont accusé le cinéaste de viols et agressions sexuelles. Dans une tribune publiée dans Le Monde, une centaine d’avocates dénoncent toutefois le non-respect de la présomption d’innocence des personnes accusées de violences sexuelles [€].

« On se pique d’avoir à le rappeler, mais aucune accusation n’est jamais la preuve de rien : il suffirait sinon d’asséner sa seule vérité pour prouver et condamner. Il ne s’agit pas tant de croire ou de ne pas croire une plaignante que de s’astreindre à refuser toute force probatoire à la seule accusation : présumer de la bonne foi de toute femme se déclarant victime de violences sexuelles reviendrait à sacraliser arbitrairement sa parole, en aucun cas à la “libérer”. […] Il est faux d’affirmer que l’ordre judiciaire ferait montre aujourd’hui de violence systémique à l’endroit des femmes, ou qu’il ne prendrait pas suffisamment en considération leur parole. Nous constatons au contraire, quelle que soit notre place à l’audience, qu’une inquiétante et redoutable présomption de culpabilité s’invite trop souvent en matière d’infractions sexuelles. »