14 mars 2020

On revient au début

L’évolution des prix du pétrole

Le cours du pétrole de Brent a perdu lundi environ 25 % après la décision de l’Arabie saoudite d’augmenter sa production de pétrole. Vendredi dernier, la Russie et l’Arabie saoudite n’avaient pas réussi à s’entendre sur de nouveaux quotas de production, comme ils le faisaient depuis 2016 dans le cadre d’un accord avec d’autres pays producteurs.


Le concept

Les prix du pétrole varient en fonction de l’offre des producteurs et de la demande des raffineurs, qui transforment le pétrole brut en carburants, combustibles ou matières premières pour l’industrie pétrochimique. Les principaux pétroles bruts de référence sont le Brent de la mer du Nord, dont le cours est fixé à la Bourse de Londres, et le West Texas Intermediate (WTI), coté à la Bourse de New York. En fonction de sa pureté ou de sa teneur en soufre, un pétrole brut bénéficie d’une prime ou d’une décote par rapport aux pétroles bruts de référence. Les cours du pétrole sont exprimés en dollars pour un baril, une unité de mesure qui correspond à 159 litres. Plusieurs agences sont spécialisées dans l’évaluation des prix du pétrole, dont la plus connue est la société américaine Platts. Elles sont chargées de collecter quotidiennement des données auprès des vendeurs et des acheteurs de pétrole afin de garantir la transparence des prix.


Les dates clés

1960

En septembre 1960, l’Arabie saoudite, l’Irak, l’Iran, le Koweït et le Venezuela créent l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Ce regroupement vise « à la coordination et à l’unification des politiques pétrolières des pays membres », selon ses statuts, afin « d’assurer la stabilité des prix sur les marchés internationaux du pétrole ». Les cinq pays membres représentent la majorité de la production mondiale de pétrole, dont la demande s’est accrue dans la période d’après-guerre. Avec l’Opep, ils cherchent à contrer les baisses de prix récentes décidées par les sept principales compagnies pétrolières contrôlant alors le marché, comme Texaco et Exxon. Les pays membres de l’Opep touchent les revenus du pétrole via des compagnies nationalisées ou à travers des dividendes versés par des compagnies étrangères dont ils détiennent des parts. Ainsi, si le prix du baril baisse, leurs revenus aussi. L’Opep tente de négocier directement les prix avec les compagnies pétrolières pour enrayer leur baisse. L’organisation s’élargit progressivement à d’autres pays et en compte 13 actuellement.

1973

Les 16 et 17 octobre 1973, l’Opep annonce une hausse de 17 % des prix du pétrole brut et la réduction de 5 % par mois de sa production de pétrole, « jusqu’à ce que les Israéliens se soient complètement retirés des Territoires occupés et que les droits légaux du peuple palestinien aient été restaurés ». Ces décisions interviennent quelques jours après la contre-offensive lancée par Israël après une attaque militaire surprise menée par l’Égypte et la Syrie (la guerre du Kippour). L’Opep annonce un embargo sur la livraison de pétrole aux pays qui soutiennent Israël, comme les États-Unis et les Pays-Bas. Cette décision entraîne le premier choc pétrolier : les prix du pétrole augmentent, ce qui pousse les États à introduire des mesures de rationnement et à diversifier leurs ressources en énergie. La fin de l’embargo est finalement annoncée en mars 1974. En réaction à cette crise, plusieurs pays, pour la plupart importateurs de pétrole, créent en novembre l’Agence internationale de l’énergie pour assurer la sécurité de leurs approvisionnements en énergie.

2014

Les États-Unis deviennent le premier producteur de pétrole au monde en 2014, devant l’Arabie saoudite et la Russie, selon un rapport annuel sur l’énergie du groupe pétrolier BP. C’est la première fois qu’ils retrouvent cette position depuis 1975. Cette évolution est principalement due à l’exploitation depuis le début des années 2000 dans le pays du pétrole de schiste. Celui-ci, enfermé jusqu’alors dans la roche, est extrait grâce à l’utilisation combinée de technologies de fracturation hydraulique (pression réalisée avec de l’eau, du sable et des produits chimiques) et de forage horizontal. Cette exploitation est plus coûteuse, mais est alors rentable, car le cours du baril de pétrole a fortement augmenté depuis le début des années 2000. Grâce à cette exploitation, les États-Unis doublent leur production de pétrole entre 2000 et 2018 et deviennent moins dépendants des importations du Moyen-Orient. Fin 2015, le Congrès américain lève même un embargo décidé en 1975 empêchant jusqu’alors l’exportation de pétrole américain.

2016

L’Opep décide en novembre 2016 de réduire sa production de pétrole. Cette mesure vise à faire repartir les prix du pétrole à la hausse. Depuis juin 2014, lorsque le prix du baril atteignait 114 dollars, les cours ont chuté de 70 %. Cette évolution est liée à une production excédentaire de pétrole brut par rapport à la demande mondiale, principalement en raison de la hausse de la production américaine. Dès l’annonce de l’Opep, le cours du baril de pétrole remonte. En décembre, 10 pays non membres de l’Opep (Russie, Mexique, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Bahreïn, Brunei, Malaisie, Oman, Soudan et Soudan du Sud) s’associent à cet accord de réduction de la production de pétrole. Cette alliance est surnommée « Opep+ ». Parmi eux, la Russie est le pays annonçant la plus forte baisse. L’Opep et l’Opep+ renouvellent à plusieurs reprises leurs engagements de production à la baisse au cours des années suivantes. En juin 2018, le prix du baril de pétrole remonte jusqu’à 76 dollars avant de passer à 61 dollars fin 2019.


L’analyse

L’entreprise pétrolière saoudienne Aramco a officiellement annoncé mercredi qu’elle augmenterait sa production de pétrole brut, pour répondre à une directive du ministère saoudien de l’Énergie. Cette décision intervient alors que l’Arabie saoudite proposait au contraire « depuis un moment une réduction de la production de pétrole pour lutter contre la baisse des prix du brut accentuée par l’épidémie de coronavirus », explique à Brief.me Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste des problématiques énergétiques. Or si l’Opep a accepté la demande saoudienne le 5 mars, ce n’est pas le cas de l’Opep+ le lendemain, en raison du refus de la Russie. « Puisque les Russes ne veulent plus coopérer, l’Arabie saoudite a alors changé de stratégie et décidé d’augmenter sa production, pour la contraindre à revenir sur sa décision », analyse Francis Perrin. Selon lui, la Russie refuse de baisser sa production « parce qu’elle estime l’avoir déjà assez réduite » et en raison de « craintes géopolitiques » liées au fait que cette réduction conforterait la place de premier producteur de pétrole des États-Unis.