23 mars 2020

Tout s'explique

Le dépistage du coronavirus en question

Pourquoi la France pratique-t-elle peu de tests du coronavirus ?

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a déclaré samedi que le gouvernement avait prévu « d’évoluer rapidement sur la stratégie de dépistage » du coronavirus et de « multiplier » les capacité de test lorsque les mesures de confinement de la population seront levées. Il y a 10 jours, la direction générale de la Santé, chargé de la politique de santé publique, expliquait au Figaro que les tests étaient effectués en priorité sur les « personnes fragiles ou les professionnels de santé exposés à des cas avérés de coronavirus » afin de « ne pas engorger les hôpitaux inutilement ». Président du conseil scientifique sur lequel s’appuie le gouvernement, Jean-François Delfraissy a déclaré vendredi au Monde que la France n’avait la capacité de réaliser qu’« environ 8 000 tests » chaque jour. Il a expliqué qu’elle avait « un énorme problème avec les réactifs utilisés », car ils proviennent de Chine où « la machine de production s’est arrêtée » et des États-Unis qui « les gardent pour eux ».

Quelle est la stratégie de l’Allemagne ?

Mercredi, le président de l’Institut Robert-Koch (IRK), l’organisme public chargé de la lutte contre les maladies en Allemagne, a annoncé que son pays pouvait désormais tester 160 000 personnes par semaine, soit près de 23 000 par jour. « Depuis le début, nous avons encouragé les médecins à tester les personnes présentant des symptômes, ce qui nous a permis d’intervenir alors que l’épidémie était encore dans une phase peu avancée en Allemagne », a déclaré le président de l’IRK. La Corée du Sud avait déjà appliqué la même méthode de dépistage massif afin d’isoler les personnes contaminées. L’Allemagne compte aujourd’hui 115 morts du Covid-19 et la Corée du Sud 111, même si les dépistages n’expliquent pas à eux seuls ces bilans limités par rapport à d’autres pays. « Il faut tester chaque cas suspect, isoler et soigner chaque cas confirmé et suivre et mettre en quarantaine chaque contact étroit », a déclaré aujourd’hui le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, une agence de l’ONU.

Comment fonctionne le test ?

Le dépistage du Covid-19 est effectué principalement par un prélèvement de cellules nasales profondes, principalement en introduisant un écouvillon (une petite brosse) dans le nez. Cela « ne prend que quelques secondes et peut être plus ou moins douloureux en fonction de la sensibilité de chaque patient », explique à Santé Magazine le président du Syndicat des biologistes, François Blanchecotte. Dans une vidéo mise en ligne sur YouTube, Pascal Cherpillod, docteur en biologie au sein des Hôpitaux universitaires de Genève, en Suisse, explique que l’analyse des prélèvements se fait par le biais de la polymérisation en chaîne (PCR), qui permet « d’amplifier de manière très spécifique le génome de ce coronavirus », c’est-à dire son matériel génétique. Le but est de « donner un signal qui soit perceptible par la machine ». Après environ quatre heures, il est possible de savoir si le virus est présent ou pas dans le prélèvement, précise-t-il.