2 avril 2020

Tout s'explique

La liberté de la presse affectée par la crise du coronavirus

Quelles entraves à la liberté de la presse ont été recensées ?

L’ONG Reporters sans Frontières (RSF), qui défend la liberté de la presse, a lancé hier un « observatoire » de la presse pendant l’épidémie de Covid-19, pour dénoncer « la censure étatique » et « la désinformation délibérée » dans plusieurs pays. En Hongrie, la diffusion de « fausses nouvelles » sur l’épidémie ou sur les mesures prises par le gouvernement est depuis lundi passible de cinq ans de prison, dans le cadre de l’état d’urgence. En Égypte, les autorités ont forcé fin mars une journaliste britannique à quitter le pays, l’accusant de « mauvaise foi » après avoir mis en doute dans un article le bilan officiel donné par le gouvernement sur le nombre de cas. En Iran, plusieurs journalistes ont été interrogés et parfois inculpés pour « propagation de rumeurs » sur l’épidémie, selon RSF.

Quelles sont les conséquences de la désinformation ?

Les fausses informations contre lesquelles veulent lutter certains États sont parfois relayées par des exécutifs eux-mêmes. Ainsi, le président brésilien, Jair Bolsonaro, a été censuré cette semaine par Facebook, Instagram et Twitter, pour avoir publié des vidéos le montrant en train de prendre un bain de foule, allant « à l’encontre des consignes de santé publique émanant de sources officielles et qui pourraient augmenter le risque de transmission du Covid-19 », rappelle Twitter. Dès février, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), une agence de l’ONU, a alerté contre une « infodémie massive », à savoir la surabondance d’informations fausses entourant l’épidémie. Elle a démenti les informations sur plusieurs faux remèdes qui peuvent nuire à la santé des personnes. L’OMS a également poussé les plateformes numériques à mettre en tête des recherches des internautes des informations validées et relayées par des sites officiels.

En quoi consiste la liberté de la presse ?

Le 10 décembre 1948, les 58 États membres qui constituaient alors l’Assemblée générale de l’ONU ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle prévoit que « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression » et par conséquent « le droit » à la fois « de ne pas être inquiété pour ses opinions » et de pouvoir « chercher » et « répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées ». De ce droit d’expression naît à l’échelle internationale la liberté de la presse. En France, cette liberté, inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, est encadrée par la loi de 1881. Dans Les Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel, une revue spécialisée, le professeur Bertrand de Lamy explique que la liberté de la presse a ainsi été affirmée « parce qu’elle permet la diffusion de la pensée et la vie de la démocratie ». Il explique que les limites à cette liberté sont la « nature mensongère » des propos rapportés ou encore « l’existence d’une volonté de nuire ».