4 avril 2020

On revient au début

Les précédentes épidémies de coronavirus

Avant le coronavirus à l’origine de la maladie Covid-19, deux autres virus du même type se sont développés depuis l’an 2000, le Sras-CoV (pour syndrome respiratoire aigu sévère) et le Mers-CoV (acronyme anglais de syndrome respiratoire du Moyen-Orient). Ces deux autres virus ont donné lieu à des épidémies concentrées principalement en Asie et au Moyen-Orient, conduisant à la mise en place de procédures pour mieux les endiguer aux niveaux local et international.


Le concept

Les coronavirus forment une famille de virus possédant un génome commun. Ils sont entourés d’une capsule de protéines en forme de couronne, d’où leur nom. Les coronavirus peuvent infecter des animaux ou des humains. Très répandus chez les humains, ils provoquent des maladies allant du rhume à des pathologies plus sévères comme des complications respiratoires pouvant entraîner la mort. Les coronavirus se transmettent facilement entre humains « par voie aérienne, au contact de sécrétions ou à celui d’objets contaminés, particulièrement en période hivernale », explique l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), un établissement public. Ces virus peuvent également infecter l’humain sans déclencher de symptômes. « Les infections à coronavirus ne sont habituellement pas diagnostiquées en raison de leur caractère bénin et de leur guérison spontanée », décrit encore l’Inserm.


Les dates clés

2002

Un cas de pneumonie atypique est recensé le 16 novembre 2002 en Chine, dans la province du Guangdong, dans le sud-est du pays. Il s’agit de la première manifestation du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras), causé par le coronavirus Sras-CoV. Selon plusieurs études scientifiques, le malade a sans doute été contaminé après avoir consommé de la viande de civette infectée. D’autres cas de transmission entre humains sont recensés dans la région. Début 2003, un médecin de la province ayant pris en charge plusieurs malades se rend à Hong Kong, qui deviendra la région la plus touchée, où il est admis dans une unité de soins intensifs. La Chine place en quarantaine plusieurs villes et interdit la vente de viande de civette pour quelques mois. Fin 2003, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), une agence de l’ONU, recense 8 096 cas dans près de 30 pays et 774 décès, soit un taux de mortalité de 10 %. Comme l’explique l’Inserm, « le SRAS-CoV était modérément transmissible et une fraction de patients semblait incapable de le transmettre ».

2003

Les autorités chinoises ne notifient qu’en février 2003 les services de l’OMS. L’organisation déclenche le 12 mars 2003 une alerte mondiale concernant l’épidémie de Sras, qui s’est alors répandue dans plusieurs pays, notamment au Vietnam, à Singapour, au Canada, aux États-Unis et en France. Le Canada, troisième pays le plus touché après la Chine et Taïwan, place plus de 7 000 personnes en quarantaine. L’alerte mondiale déclenche un cadre d’actions défini par le Règlement sanitaire international (RSI), un texte de droit international adopté en 1951 pour lutter initialement contre six maladies : le choléra, la fièvre jaune, la fièvre récurrente, la peste, le typhus et la variole. Le RSI prévoit des procédures pour notifier des événements de santé publique et renforcer les capacités de surveillance. En 2005, les pays membres de l’ONU adoptent une version révisée du RSI qui élargit sa portée aux maladies existantes ou émergentes pouvant constituer une urgence de santé publique internationale.

2012

Un nouvelle maladie liée à un coronavirus est détectée en 2012 en Arabie saoudite. Baptisée syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers), elle est déclenchée après un contact avec des dromadaires infectés ou avec une personne déjà infectée. Les origines du virus ne sont pas entièrement connues, mais l’analyse de divers génomes laisse penser qu’il pourrait provenir de chauves-souris l’ayant ensuite transmis à des dromadaires « dans un passé lointain », estime l’OMS. Près de 30 pays rapportent des cas de Mers, mais l’Arabie saoudite concentre 80 % des cas humains, selon l’organisation. Les cas recensés à l’étranger sont « en général des voyageurs qui ont été infectés dans cette région puis sont allés ailleurs ». La transmission du virus se poursuit jusqu’à aujourd’hui, mais à une faible ampleur : de 2012 à janvier 2020, le nombre total de cas de malades du Mers confirmés en laboratoire et notifiés à l’OMS s’établissait à 2 519, dont 866 décès associés. Le taux de mortalité, évalué à 35 % par l’OMS, est donc supérieur à celui du Sras.

2015

La Corée du Sud est touchée par une recrudescence de cas de Mers à partir de mai 2015. Il s’agit alors de la plus grande épidémie de Mers en dehors du Moyen-Orient. Plusieurs groupes de citoyens et des associations accusent le gouvernement de ne pas être assez transparent sur l’ampleur de l’épidémie. Celui-ci accepte en juin de révéler dans quels hôpitaux des cas ont été recensés. Le gouvernement intensifie ses mesures de santé publique : toutes les personnes ayant pu être en contact avec un malade sont recherchées en utilisant notamment des données issues des caméras de surveillance. La fin de l’épidémie est officiellement proclamée fin 2015. Le bilan est de 186 cas détectés et de 36 morts. À la suite de l’épidémie, le gouvernement réforme ses centres de contrôle et de prévention des maladies, en créant une branche spécifiquement chargée du dépistage et du diagnostic des maladies infectieuses. Il met aussi en place une procédure beaucoup plus courte pour autoriser le secteur médical privé à réaliser des tests de dépistage.


L’analyse

Plusieurs scientifiques s’interrogent sur le lien entre l’épidémie de coronavirus et le dérèglement climatique. « Le changement climatique est l’un des facteurs à l’origine de la multiplication des épidémies ainsi que de leur expansion géographique et de l’aggravation de leur impact », affirment Sylvie Brand et Margaux Mathis dans La Revue médicale suisse. Aaron Bernstein, directeur du Centre pour le climat, la santé et l’environnement mondial de l’université américaine de Harvard, explique sur le site de son université qu’avec le réchauffement climatique ou en raison de la déforestation, les animaux effectuent des mouvements qui les placent au contact d’autres êtres vivants qu’ils ne rencontrent pas d’habitude, créant « une opportunité pour les agents pathogènes d’entrer dans de nouveaux hôtes ». Il estime cependant que « nous n’avons pas de preuves directes que le changement climatique influence la propagation du Covid-19 ».