8 avril 2020

Tout s'explique

Un projet d’application face au Covid-19

En quoi consiste le projet « StopCovid » ?

Le gouvernement a lancé le développement d’une application pour smartphone destinée à limiter la propagation du coronavirus, ont annoncé le ministre de la Santé, Olivier Véran, et le secrétaire d’État au Numérique, Cédric O, dans une interview publiée aujourd’hui par Le Monde [€]. Cette application, « installée volontairement », doit permettre de « prévenir les personnes qui ont été en contact avec un malade testé positif », également équipé de l’application, afin qu’elles se fassent tester, a expliqué Cédric O. Le secrétaire d’État a précisé que « l’application ne géolocalisera pas les personnes », mais fonctionnera avec la technologie Bluetooth, qui permet de détecter d’autres appareils à proximité. Elle « retracera l’historique des relations sociales » sans « transmettre aucune donnée » sur cet historique. Des développeurs et des chercheurs supervisés par le gouvernement travaillent depuis quelques jours à son développement. « Aucune décision n’est prise » sur son éventuel déploiement, a insisté Olivier Véran.

Quelles sont les limites de ce projet ?

Une étude de l’université d’Oxford publiée le 31 mars dans la revue Science souligne que des applications de ce type doivent être utilisées par « suffisamment de gens » pour permettre de contrôler l’épidémie et qu’il est ainsi indispensable d’obtenir la confiance du public. Olivier Véran et Cédric O ont précisé que la version finale du projet serait soumise à la Cnil, l’autorité française de contrôle de la protection des données personnelles. La présidente de la Cnil, Marie-Laure Denis, a déclaré aujourd’hui que l’application devrait avoir une « durée limitée ». « Il sera impossible de savoir qui a contaminé qui », a affirmé Cédric O. La Quadrature du Net, une association qui défend et promeut les droits et libertés de la population sur Internet, affirme dans une tribune publiée aujourd’hui que le volontariat défendu par le gouvernement, « est incompatible avec la pression patronale ou sociale qui pourrait exister avec une telle application ».

Quels pays utilisent le traçage numérique ?

Certains gouvernements utilisent le traçage numérique des individus pour encadrer les quarantaines des individus. Dans près de 200 villes de Chine, l’accès des habitants aux bureaux, aux commerces ou aux transports est conditionné à la présentation d’un QR code de couleur s’affichant sur le téléphone. Il varie du rouge au vert en fonction des réponses du propriétaire à un questionnaire, de ses relevés de température, mais aussi des endroits qu’il a fréquentés, si ceux-ci l’ont également été par des malades. À Taïwan, les autorités surveillent les mouvements des téléphones des individus en quarantaine et les appellent pour vérifier qu’ils ne sont pas sortis en laissant leurs appareils chez eux. En Corée du Sud et en Israël, les données de géolocalisation des patients testés positifs au coronavirus sont collectées par les autorités pour retracer leurs parcours. Les autorités préviennent ensuite ceux qu’ils ont croisés.