11 avril 2020

On revient au début

Les grandes crises économiques

La pandémie de Covid-19 va provoquer « les pires conséquences économiques depuis la Grande Dépression » de 1929, a déclaré jeudi Kristalina Georgieva, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), un organisme chargé de garantir la stabilité financière mondiale. Survenue après un krach boursier, la crise économique de 1929 a marqué durablement l’économie mondiale. Elle a été suivie par d’autres crises dont les effets se sont propagés à travers le monde et qui se sont multipliées à partir des années 1970.


Le concept

Une crise économique survient lors de la dégradation brutale de la situation et des perspectives économiques. La croissance économique ralentit ou le PIB (la production totale de biens et services) décroît. On parle de récession « si l’on observe un recul du PIB sur au moins deux trimestres consécutifs », selon l’institut national de statistiques Insee. Une crise économique provoque des faillites, une hausse du chômage, une baisse des valeurs en bourse. Selon l’encyclopédie Larousse, les crises économiques ont pour origine une « rupture dans les relations qui unissent les différents éléments du système économique ». Cela peut venir d’une baisse ou d’un ralentissement de la demande ou de l’offre ou encore d’un « déséquilibre entre la sphère réelle (biens et services) et la sphère financière (banques et bourses) ».


Les dates clés

1929

Le 24 octobre 1929, le Dow Jones, le principal indice de la bourse de New York, perd 22,6 % de sa valeur durant la matinée. Plusieurs banques rachètent des millions de titres pour faire remonter les cours. Mais l’accalmie ne dure pas : les cours s’effondrent à nouveau le lundi et le mardi suivants. Ces jeudi, lundi et mardi noirs sont suivis de la pire crise économique du XXe siècle : la Grande Dépression. Celle-ci touche d’abord les États-Unis avant de s’étendre dans le monde. La récession dure une décennie, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. « La crise a pour conséquence un phénomène de repli sur soi ; des mesures protectionnistes ou autarciques sont décidées, des réactions xénophobes se produisent », raconte l’encyclopédie Larousse. Élu président des États-Unis, Franklin Roosevelt lance en 1933 son « New Deal », un plan qui organise des programmes d’assistance aux plus démunis et des grands travaux, pour redonner un emploi aux chômeurs. Entre 1929 et 1933, le taux de chômage dans le pays est passé de 3,2 % à 24,9 % de la population active.

1973

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), qui réunit les principaux pays producteurs de pétrole, annonce en octobre 1973 une hausse des prix et un embargo pour les pays qui soutiennent Israël, comme les États-Unis. Alors qu’Israël affronte l’Égypte et la Syrie dans la guerre du Kippour, l’Opep espère ainsi convaincre les alliés d’Israël de le forcer à se retirer des territoires qu’il a conquis depuis 1967. Les prix du pétrole sont multipliés par quatre entre octobre 1973 et mars 1974, conduisant au premier choc pétrolier. Comme l’écrit l’économiste Céline Antonin dans la Revue internationale et stratégique en 2013, ce choc entraîne « une aggravation des phénomènes existants » : ralentissement de la croissance, hausse du chômage, inflation et augmentation des déficits budgétaires dans les pays industrialisés très dépendants du pétrole. En réaction, plusieurs pays créent en novembre 1974 l’Agence internationale de l’énergie, pour assurer la sécurité de leurs approvisionnements en énergie, tandis que la France mise sur le développement de l’énergie nucléaire.

1997

La Thaïlande laisse en juillet 1997 sa monnaie, le bath, se dévaluer, car elle ne parvient plus à contrer les attaques de fonds spéculatifs misant sur une baisse de la devise. Le pays est devenu très dépendant des créanciers étrangers en raison de l’accroissement de la part qu’ils détiennent dans sa dette privée et publique. Cette décision entraîne progressivement une dévaluation de l’ensemble des monnaies des pays de l’Asie du Sud-Est, qui ont connu une forte croissance depuis le milieu des années 1980, grâce à l’exportation de produits manufacturés. L’Indonésie, la Malaisie et les Philippines sont d’abord touchées, puis la crise s’étend à la Corée du Sud, à Hong Kong, à Singapour et à Taïwan. Les bourses asiatiques voient leur cours chuter, après un retrait massif des capitaux étrangers investis lors des années précédentes. La crise est également liée à l’éclatement d’une bulle spéculative dans le secteur de l’immobilier, portée par un afflux de crédits. La crise entraîne en premier lieu la faillite de ce secteur, puis celui des banques et d’autres secteurs d’activité, ainsi qu’une forte hausse du taux de chômage.

2007

En août 2007, la banque française BNP Paribas gèle les retraits de ses clients dans trois fonds d’investissement, reconnaissant qu’elle ne peut plus garantir la valorisation de ces actifs adossés aux subprimes, des crédits immobiliers à risque souscrits par de nombreux ménages américains. La crise des subprimes conduit en septembre 2008 à l’annonce de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. D’autres banques font faillite ou connaissent de graves difficultés, en particulier en Europe. Cette crise bancaire entraîne une crise financière et une crise économique se poursuivant durant plusieurs années. Entre 2008 et 2013, les États membres de l’UE versent plus de 1 600 milliards d’euros d’aides au secteur bancaire. Pour prévenir une autre crise de ce type, l’UE met en place en 2014 une union bancaire réunissant les 130 plus grands établissements bancaires européens. Elle prévoit un mécanisme pour limiter l’impact sur l’économie et pour les contribuables de la faillite d’une banque.


L’analyse

La crise économique actuelle est particulière en raison de la crise sanitaire qui en est à l’origine. « Pour gérer cette crise sanitaire, on est obligés de confiner et donc de mettre l’économie au ralenti, ce qui crée un double choc économique, de l’offre et de la demande, entraînant aussi des perturbations financières », explique à Brief.me Jézabel Couppey-Soubeyran, maîtresse de conférences en économie à l’université Paris-I. Néanmoins, l’origine de cette crise n’est pas seulement exogène : « Certains mettent à raison en évidence le lien avec la dégradation de la biodiversité, directement liée à l’activité humaine et à nos modèles de croissance. Cela fait aussi des décennies que l’on sous-investit dans des services publics, en particulier dans le domaine de la santé : or s’il y avait un plus grand nombre de lits de réanimation, on n’aurait pas besoin d’un tel confinement qui ralentit l’économie. » La multiplication des crises économiques depuis les années 1970 démontre également « l’interdépendance poussée à l’excès de nos productions ». Quand la Chine est la première touchée, « toutes les chaînes de production mondiales se trouvent immédiatement déstabilisées ».