17 avril 2020

Tout s'explique

La Chine accusée de désinformation sur le Covid-19

Quel est le nouveau bilan de l’épidémie donné par la Chine ?

La ville chinoise de Wuhan, où est apparue l’épidémie de Covid-19 en décembre, a annoncé aujourd’hui 1 290 morts supplémentaires liés au virus. Le bilan de cette seule ville augmente donc de 50 %, pour un total de 3 869 morts. Dans l’ensemble de la Chine, le nombre de décès est ainsi porté à 4 632. La ville de Wuhan explique ce nouveau bilan par le décès de patients à leur domicile pendant le confinement, faute d’avoir pu être pris en charge dans les hôpitaux au plus fort de l’épidémie. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a démenti aujourd’hui toute « dissimulation » dans le bilan des victimes. « On a beaucoup de mal à croire qu’un pays, même avec des mesures de confinement, ait si peu de morts », avait déclaré le 28 mars sur Europe 1 Patrick Berche, ancien directeur de l’Institut Pasteur, spécialisé dans les maladies infectieuses.

De quoi la Chine est-elle accusée ?

Plusieurs chefs d’États occidentaux ont critiqué le manque de transparence de la Chine sur l’épidémie. Emmanuel Macron a déclaré hier dans le Financial Times qu’« il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas ». « Nous menons une enquête exhaustive sur tout ce que nous pouvons apprendre sur la façon dont ce virus s’est propagé », a déclaré hier le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, réagissant à des soupçons de fuite involontaire émanant d’un laboratoire chinois. « L’hypothèse d’une soi-disant fuite n’a aucune base scientifique », a réfuté Zhao Lijian aujourd’hui. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères avait déclaré le 12 mars que « ce pourrait être l’armée américaine qui a introduit le virus à Wuhan ». François Godement, spécialiste de l’Asie à l’Institut Montaigne, un centre de réflexion français, interrogé par La Croix, estime que « la Chine poursuit des objectifs politiques » et qu’elle cherche à « faire oublier à travers une campagne de désinformation que c’est en Chine que le virus a pris son essor ».

Comment l’information est-elle contrôlée en Chine ?

L’ONG de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé le 24 mars « la censure » de la Chine autour de l’épidémie. Des centaines de mots-clés liés au virus et les messages les comportant ont été bannis de la messagerie instantanée WeChat entre fin décembre et mi-février, selon une étude de l’institut Citizen Lab de l’université de Toronto, spécialisé dans le contrôle de l’information. Plusieurs lanceurs d’alerte ont été arrêtés par le régime. Deux Chinois qui avaient diffusé des images des hôpitaux saturés de Wuhan sont toujours portés disparus depuis début février, selon RSF. La page de Li Wenliang, un médecin lanceur d’alerte de Wuhan, sur le réseau social chinois Weibo reçoit depuis sa mort le 6 février des milliers de messages – épargnés par la censure – d’internautes qui dénoncent les erreurs du régime face au virus. Pour le régime chinois, « les réseaux sociaux sont une manière de prendre le pouls de la population », a déclaré le 16 février à TV5 Monde le sinologue Jean-Pierre Cabestan qui estime que cela évite une contestation plus importante.