25 avril 2020

On revient au début

L’OMS, une organisation au service de la santé dans le monde

Le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré lundi que cette agence de l’ONU avait « lancé l’alerte dès le premier jour » concernant l’épidémie de Covid-19. Il répondait aux critiques émises la semaine dernière par le président américain, Donald Trump, qui a annoncé la suspension de la contribution financière de son pays à l’OMS, le temps qu’une étude soit menée sur son « rôle » dans la « mauvaise gestion » de l’épidémie. Jeudi, la Chine a annoncé qu’elle lui reverserait 30 millions de dollars supplémentaires. Créée en 1948, l’OMS vise à garantir la santé dans le monde, une « condition fondamentale de la paix » selon sa Constitution.


À l’origine

Plusieurs États organisent des conférences sanitaires internationales à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle pour éviter la propagation de maladies telles que la peste ou le choléra. Des organisations internationales voient également le jour, comme l’Office international d’hygiène publique en 1907, auquel la France adhère. Ancêtre de l’Organisation des Nations unies (ONU), la Société des Nations se dote en 1923 d’une « organisation d’hygiène ». À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, dès le début des discussions autour de la création de l’ONU, s’impose l’idée de créer une agence dédiée à la santé. L’Organisation mondiale de la santé voit le jour en 1948. Sa Constitution dispose que « la santé de tous les peuples est une condition fondamentale de la paix du monde ». L’OMS absorbe les organisations internationales de santé déjà existantes. Comme d’autres agences de l’ONU, elle dispose de ses propres organe de direction et budget, alimenté par les États et des fondations privées. Plus de 7 000 personnes travaillent actuellement pour l’OMS dans 150 bureaux répartis dans le monde, selon le site de l’agence.


Les dates clés

1958

L’OMS lance en 1958 une campagne d’éradication de la variole. L’agence de santé recense alors 3 millions de cas et un million de décès dans le monde depuis 1941, tout en précisant qu’il s’agit d’une estimation très basse, car un grand nombre de cas ne lui sont pas notifiés. La stratégie initiale vise à encourager les pays à vacciner 80 % de leur population pour mettre en place une immunité. Des campagnes « reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination » réussissent dans quelques pays, mais échouent « dans la plupart des cas », estime toutefois l’OMS dans un rapport publié en 1980. En Inde, le nombre de cas recensés continue d’augmenter après 1958. En 1967, l’OMS change alors de stratégie. L’agence met en place un système de surveillance plus exhaustif, pour améliorer les notifications de la maladie et le dépistage dans des foyers reconnus, afin d’y isoler les malades et de vacciner leur entourage. Cette stratégie finit par payer. Le 8 mai 1980, l’OMS proclame officiellement l’éradication de la variole dans le monde.

1977

L’OMS publie en 1977 sa première liste des médicaments essentiels, qui contient plus de 200 références. Selon l’OMS, les médicaments essentiels sont ceux qui satisfont aux besoins de santé de la majorité de la population, devant être disponibles à tout moment et à un prix abordable. Cette liste vise à aider les pays à élaborer leur propre liste pour répondre aux besoins prioritaires de santé publique. Elle permet aux pouvoirs publics de s’y retrouver face à la multiplication du nombre de médicaments sur le marché, dont les avantages thérapeutiques ne sont pas toujours prouvés, afin de mieux rationaliser leurs achats et la distribution des médicaments. Cette démarche peut ainsi leur permettre de réduire les coûts de leur système de santé. La liste recense les médicaments qui ont la meilleure efficacité, la meilleure innocuité et le meilleur rapport coût-efficacité pour les maladies considérées comme prioritaires. Elle est mise à jour tous les deux ans pour tenir compte des données les plus récentes.

1988

Plus d’un millier d’organisations prennent part à travers le monde à la première Journée mondiale du sida organisée par l’OMS le 1er décembre 1988. Elles mettent en place des manifestations, des conférences ou des émissions de radio ou de télévision pour sensibiliser le grand public à l’épidémie de sida, dont les premiers cas ont été rapportés au début des années 1980. L’OMS a constaté en 1985 la portée mondiale de cette maladie et lancé, deux ans plus tard, un programme mondial de lutte. Ce programme vise à orienter les politiques publiques pour mieux dépister le sida, à surveiller la propagation mondiale du VIH, le virus responsable de la maladie, et à former des professionnels de la santé à la gestion de cette maladie. Partie intégrante de ce programme, la Journée mondiale du sida est organisée chaque année et figure parmi les 10 campagnes mondiales de santé publique officielles de l’OMS, aux côtés de la Journée mondiale du donneur de sang ou de la Journée mondiale sans tabac.

2009

L’OMS reçoit de nombreuses critiques en 2009 pour sa gestion de l’épidémie de grippe H1N1, qui a fait au moins 18 000 morts dans le monde. Au mois de mai, l’agence affirme que la grippe H1N1 est d’une « gravité modérée », avant de déclarer un mois plus tard qu’il s’agit d’une « pandémie », une épidémie dont la propagation est mondiale. Dans les mois suivants, l’organisation est soupçonnée par des épidémiologistes et des responsables politiques d’avoir surestimé le risque en raison de pressions de la part de l’industrie pharmaceutique, poussant les États membres à engager des dépenses qui auraient pu être mieux employées. Le Conseil de l’Europe, une organisation intergouvernementale chargée de défendre le respect des droits fondamentaux, demande en décembre la création d’une commission d’enquête pour évaluer « la menace des fausses pandémies pour la santé » et auditionne le conseiller spécial de l’OMS pour les pandémies de grippe, qui affirme que l’agence « n’a pas été indûment influencée par les laboratoires ». Les parlementaires de nombreux États membres demandent toutefois à l’OMS d’être plus transparente sur ses prises de décision.


L’analyse

L’OMS est accusée, notamment par le président américain, Donald Trump, d’avoir cédé à des pressions de la Chine pour qu’elle ne proclame pas tout de suite une urgence sanitaire de portée internationale concernant l’épidémie de Covid-19. Conseiller pour l’Asie de l’Institut Montaigne, François Godement estime dans une note publiée sur le site de ce centre de réflexion que si la Chine joue un rôle croissant au sein de l’agence de santé, ce n’est pas en raison de sa participation financière, les États-Unis restant de loin le premier État contributeur. Selon ce chercheur, la direction de l’OMS par la Chinoise Margaret Chan de 2007 à 2017 a donné lieu à une influence chinoise seulement sur la restriction de la participation de Taïwan à l’organisation. Pour lui, l’influence grandissante de la Chine au sein de l’OMS est comparable à celle constatée au sein de nombreuses organisations internationales, en raison des « campagnes d’influence de la Chine », de « son poids géopolitique et surtout sa capacité à dire non ». Il souligne également le fait que l’OMS « ne questionne pas les sources officielles sur lesquelles elle s’appuie ».