1er mai 2020

On revient au début

La généralisation de la géolocalisation

Plusieurs pays, comme la Chine, Taïwan et la Pologne, ont mis au point des applications utilisant la géolocalisation sur lesquelles reposent en partie leurs stratégies de lutte contre l’épidémie de Covid-19. En France, le gouvernement travaille sur la création d’une application, StopCovid, qui vise à tracer les contacts des personnes malades, mais il a choisi de ne pas utiliser la géolocalisation, afin de ne pas surveiller les mouvements des individus. L’usage de la géolocalisation s’est démocratisé grâce à l’utilisation de satellites ou de réseaux de téléphonie mobile comme le GSM.


À l’origine

La géolocalisation est un procédé permettant de situer dans l’espace, à un instant donné ou en continu, un objet, une personne ou une information. Elle repose notamment sur la cartographie, inventée dès l’Antiquité. Plusieurs outils sont progressivement utilisés, comme les compas magnétiques dans la navigation. Le méridien de Greenwich devient en 1884 un standard international pour calculer les longitudes terrestres, des lignes reliant le pôle Nord au pôle Sud et permettant d’exprimer une position est-ouest. Elles croisent l’équateur et tous ses parallèles, appelés latitudes, qui expriment une position nord-sud. À partir du début du XXe siècle, la radionavigation permet d’estimer la position d’un objet à partir de la réception d’ondes radioélectriques. C’est sur ce système que repose le premier projet de géolocalisation par satellite, Transit, mis en service en 1967 et développé par l’armée américaine. Celle-ci conçoit ensuite le système Navstar-GPS, plus connu sous le nom de GPS, dont les premiers satellites sont déployés en 1978.


Les dates clés

1981

La Toyota Celica XX est le premier modèle de voiture à être équipé en 1981 d’un système de géolocalisation embarqué. Celui-ci fonctionne avec des capteurs de direction et de vitesse qui situent le véhicule, matérialisé par un point, sur une carte transparente imprimée placée sur un écran, aidant le conducteur à se repérer (voir la vidéo). En 1990, le modèle Mazda Eunos Cosmo est le premier à être équipé d’un système GPS, estimant la position du véhicule sur la route à partir des données des satellites GPS. Les avancées en matière de miniaturisation des puces GPS permettent à un premier téléphone portable, le Benefon Esc!, d’en être équipé en 1999. En 2000, le président américain Bill Clinton supprime la « détérioration volontaire » qui restreignait la précision du GPS pour les usages non militaires. Il permet ainsi à des services civils ou commerciaux beaucoup plus précis de se démocratiser.

1991

Le Premier ministre finlandais Harri Holkeri est la première personne à passer en 1991 un appel grâce au réseau de télécommunications GSM, une nouvelle norme pour les téléphones portables. Un an après, le fabricant finlandais Nokia commercialise le premier téléphone portable GSM grand public. 5,1 milliards de personnes utilisent aujourd’hui le réseau GSM, selon l’association d’opérateurs de téléphonie mobile GSMA. Ce réseau permet notamment, dans le cadre d’une enquête de police, de géolocaliser des téléphones lorsqu’ils bornent à l’une des antennes du réseau réparties sur le territoire, puis d’identifier le numéro de la carte SIM qu’ils utilisent. La qualité de la géolocalisation par GSM dépend de la densité du réseau d’antennes. D’autres techniques voient le jour à partir de la fin des années 1990 avec le développement d’Internet. Il est ainsi possible de localiser une personne à partir de son adresse IP, permettant par exemple de lui bloquer l’accès à certains services, ou grâce à sa connexion à une borne Wi-Fi.

2005

L’entreprise américaine Google lance en 2005 son service de cartographie en ligne Google Maps accessible depuis un navigateur web, puis à partir de 2007 sur un téléphone portable. Il permet aujourd’hui de localiser des adresses ou d’établir, à partir de données de géolocalisation, un itinéraire en voiture, à pied, à vélo ou même en transports en commun dans certaines villes. Google Maps permet aussi de partager sa position avec ses contacts. Il existe des concurrents à Google Maps, comme le projet collaboratif sous licence libre OpenStreetMaps, développé à partir de 2004, et l’application Plans, lancée en 2012 par l’entreprise Apple. Celle-ci garantit dès sa création le respect de la vie privée de ses utilisateurs, en n’associant pas les données à un identifiant et en ne conservant pas d’historique de recherche. De nombreux sites et applications proposent désormais à leurs utilisateurs de les géolocaliser pour leur offrir des services personnalisés.

2013

Le lanceur d’alerte et ancien analyste du renseignement américain Edward Snowden alerte en 2013 sur la surveillance de masse des individus mise en place par les services de renseignement américains NSA et CIA à partir des données des téléphones portables. Comme le révèlent des documents qu’il transmet à plusieurs médias, la NSA stocke les informations de « centaines de millions d’appareils » et enregistre « près de 5 milliards » de données de localisation par jour, en se connectant aux câbles qui relient les différents réseaux mobiles dans le monde. « La géolocalisation des portables a de profondes implications pour la vie privée et fait froid dans le dos quant à la liberté de réunion », estime alors le Centre pour la démocratie et la technologie, une ONG américaine. Des associations et des organismes mettent ainsi régulièrement en garde contre l’impact de la géolocalisation sur la protection de la vie privée. C’est le cas de la Cnil, l’autorité française de contrôle de la protection des données personnelles.


L’analyse

De nombreux services et applications reposent aujourd’hui sur le système de géolocalisation par satellite GPS, mais ce n’est pas le seul. Plusieurs pays ont fait le choix de développer leur propre système pour être moins dépendants des États-Unis. La Russie s’appuie sur le système Glonass, dont les premiers satellites ont été déployés en 1982, dans le contexte de la Guerre froide. La Chine a commencé à déployer son système Beidou en 2000 et l’Union européenne a lancé le développement de son système Galileo en 1999. Celui-ci est en fonctionnement depuis 2016 et son déploiement complet doit s’achever cette année. Galileo s’avère plus précis que le système GPS. En septembre 2019, la Commission européenne a annoncé que Galileo comptait plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde. « Nous sommes en train de supplanter le GPS américain. D’ici trois à quatre ans, Galileo sera le premier système mondial de navigation », espérait à la même période dans Le Parisien Jean-Yves Le Gall, président du Cnes, l’agence spatiale française.