23 mai 2020

On revient au début

Taïwan dans le monde

Les États membres de l’Organisation mondiale de la santé, une agence de l’ONU, ont refusé lundi d’inviter Taïwan comme observateur lors de l’Assemblée mondiale de la santé, qui se tient chaque année. Plusieurs pays avaient demandé sa participation en raison de son expérience dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19. La Chine, qui revendique ce territoire, s’y est opposée. Depuis 1949, les autorités chinoises considèrent Taïwan comme l’une de ses provinces et tentent de l’isoler diplomatiquement.


À l’origine

Territoire chinois jusqu’à la fin de la première guerre sino-japonaise, l’île de Taïwan devient une colonie japonaise en 1895, avant de revenir à la Chine à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, après la reddition du Japon. Taïwan est alors gouverné par la République de Chine, régime instauré par le parti nationaliste Kuomintang à la fin de l’époque impériale en 1912. Une guerre civile éclate en 1927, à l’issue de laquelle les troupes communistes de Mao Zedong l’emportent sur les troupes du Kuomintang en 1949. Le président de la République de Chine, Tchang Kaï-chek, est contraint à l’exil. Il installe à Taïwan ses troupes et son gouvernement et a la prétention d’incarner et de perpétuer la République de Chine dans sa totalité depuis Taïwan. L’Assemblée générale de l’ONU continue de reconnaître la République de Chine comme le seul État chinois légitime, alors que Mao Zedong proclame la République populaire de Chine et revendique le territoire de Taïwan.


Les dates clés

1971

La République de Chine, membre de l’ONU depuis 1945, perd son siège en 1971. L’Assemblée générale de l’ONU adopte une résolution selon laquelle « les représentants du gouvernement de la République populaire de Chine sont les seuls représentants légitimes de la Chine à l’Organisation des Nations unies » et décide de « l’expulsion immédiate des représentants de Tchang Kaï-chek du siège qu’ils occupent illégalement à l’ONU et dans tous les organismes qui s’y rattachent ». Les États-Unis, partenaire économique et militaire de la République de Chine depuis la guerre de Corée (1950-1953), reconnaissent la légitimité du régime de Pékin sur la Chine et sur Taïwan, tout en maintenant des relations officieuses avec le gouvernement de l’île. En 1979, le Congrès américain vote le « Taiwan Relations Act », qui établit un cadre pour les relations non officielles entre les deux autorités et consacre l’engagement des États-Unis à fournir à Taïwan des armes défensives. Malgré les protestations de Pékin, ce texte est toujours en vigueur aujourd’hui.

2005

En mars 2005, le Parlement chinois adopte une loi anti-sécession qui autorise le recours à la force si Taïwan venait à déclarer son indépendance. Cette loi affirme que la question de Taïwan relève des « affaires intérieures de la Chine » et ne doit faire l’objet d’« aucune interférence de la part de forces extérieures ». Les États-Unis et le Japon avaient affirmé un mois auparavant dans une déclaration commune qu’œuvrer pour « la résolution pacifique des questions concernant le détroit de Taïwan » faisait partie de leurs « objectifs stratégiques communs ». C’est la première fois depuis 1945 que le Japon sort de sa neutralité sur la question de Taïwan. La loi de 2005 consacre par ailleurs le principe d’« une seule Chine », martelé par la République populaire de Chine depuis 1949 et selon lequel Taïwan, Hong Kong, le Tibet, Macao et le Xinjiang font partie d’une seule Chine unie. Pékin impose à ses partenaires diplomatiques et économiques de rompre leurs liens avec Taïwan sur le fondement de cette politique.

2016

En janvier 2016, l’indépendantiste Tsai Ing-wen remporte l’élection présidentielle taïwanaise. Première femme présidente de l’île, Tsai Ing-wen prône une politique de statu quo vis-à-vis de Pékin, pour que Taïwan continue de jouir de son indépendance sans jamais la proclamer et que la Chine ne l’attaque pas militairement. La nouvelle présidente refuse cependant de reconnaître le principe d’« une seule Chine », partiellement admis par le gouvernement taïwanais dans les années 1990 et qui a permis d’instaurer des contacts politiques réguliers avec la République populaire de Chine. La fermeté de Tsai Ing-wen conduit à l’exclusion de Taïwan en 2017 de l’Assemblée mondiale de la santé de l’OMS, à laquelle Taïwan pouvait participer en tant qu’observateur depuis 2009. À ce jour, Taïwan est membre d’une seule organisation internationale, l’Organisation mondiale du commerce, qu’il a intégrée en 2002 en même temps que la Chine sous le nom de « Taipei chinois » (Taipei est la principale ville de l’île).

2018

Plusieurs pays qui reconnaissaient encore Taïwan rompent en 2018 leurs liens diplomatiques avec l’île au profit de la République populaire de Chine, comme le Salvador, le Burkina Faso et la République dominicaine. À ce jour, seuls 14 des 193 États membres de l’ONU, pour la plupart des micro-États d’Amérique du Sud et d’Océanie, ainsi que le Vatican, entretiennent des relations diplomatiques officielles avec Taïwan. L’île a toutefois des représentations et des centres culturels dans de nombreux pays. Taïwan bénéficie également du soutien croissant des États-Unis : en 2018, le Congrès américain vote le « Taiwan Travel Act », qui autorise les visites d’officiels de haut rang de part et d’autre. En 2019, le « Taipei Act » affirme l’engagement des États-Unis à soutenir l’intégration de Taïwan dans les organisations internationales. Depuis 1971, Taïwan a présenté à plusieurs reprises une demande d’adhésion à l’ONU, à laquelle la Chine a systématiquement opposé son veto.


Les personnages

Chen Shui-bian. Membre du Parti démocrate progressiste, Chen Shui-bian est élu président de Taïwan en mars 2000 et est réélu en 2004. Il devient le premier chef d’État à ne pas appartenir au Kuomintang, parti unique jusqu’en 1986. Malgré un discours prônant le statu quo avec la Chine lors de son investiture, il affirme des positions indépendantistes plus fortes au cours de ses mandats. Pendant sa présidence, le Kuomintang, devenu le principal parti d’opposition, amorce un rapprochement avec le Parti communiste chinois en se posant en garant de la stabilisation des relations avec la Chine.

Ma Ying-jeou. Le rapprochement entre le Kuomintang et le Parti communiste chinois se concrétise en 2015 lorsque le président taïwanais, Ma Ying-jeou, au pouvoir de 2008 à 2016, rencontre le président chinois, Xi Jinping, à Singapour. C’est la première rencontre entre les dirigeants des deux rives depuis la scission en 1949. Elle ne donne lieu à aucun accord, mais s’apparente à un début de normalisation. Sous la présidence de Ma Ying-jeou, Taïwan signe des accords de libre-échange avec la Chine et établit des liaisons aériennes directes avec Pékin.

Tsai Ing-wen. Présidente de Taïwan depuis 2016, réélue en janvier 2020, Tsai Ing-wen, membre du Parti démocrate progressiste, défend une politique indépendantiste. Elle refuse la doctrine « un pays, deux systèmes » que propose la Chine, sur le modèle de Macao et Hong Kong. En juin 2019, Tsai Ing-wen soutient les manifestants prodémocratie à Hong Kong, qui dénoncent une loi autorisant les extraditions vers la Chine continentale. Elle fait adopter au Parlement en décembre 2019 une loi « anti-infiltrations », interdisant l’intervention au sein du système politique taïwanais de « forces étrangères hostiles ».