30 mai 2020

On revient au début

Les technologies mobiles

Martin Bouygues, PDG du groupe Bouygues, présent notamment dans le secteur des télécommunications, a demandé samedi dernier un report « à la fin de cette année ou au début de 2021 » de la mise aux enchères des fréquences 5G, qui doivent améliorer le débit de l’Internet mobile. « 5G » désigne la cinquième génération des normes de téléphonie mobile, qui n’ont cessé d’évoluer depuis l’apparition des premiers réseaux cellulaires.


À l’origine

Le premier brevet relatif à un téléphone sans fil, qui utilise des ondes électromagnétiques à la place d’un câble électrique pour transmettre un signal, est déposé en 1908 par Nathan Stubblefield, un fermier américain. Le premier appel sans fil passé depuis un appareil civil privé n’a toutefois lieu qu’en 1946, son usage étant principalement limité au domaine militaire auparavant. Il est émis depuis un appareil pesant une quarantaine de kilogrammes installé dans une voiture à Saint-Louis, aux États-Unis. L’entreprise américaine Motorola invente ensuite le téléphone portable. Le 3 avril 1973, l’ingénieur chargé du projet, Martin Cooper, passe le premier appel transitant via un réseau cellulaire, dans une rue de New York, à destination de Joel Engel, qui travaille chez le rival Bell Labs. Le Motorola 8000X devient le premier appareil commercialisé en 1983 : il pèse 783 grammes et il est vendu plus de 3 000 dollars.


Les dates clés

1992

Le premier SMS de l’histoire est envoyé le 3 décembre 1992 par l’ingénieur Neil Papworth à Richard Jarvis, un dirigeant de l’entreprise de télécommunication britannique Vodafone. L’apparition de la technologie GSM rend possible cette innovation : c’est la 2G (pour « deuxième génération »), une norme imaginée et définie en 1982 par la Conférence européenne des administrations des postes et télécommunications, qui regroupe les administrations européennes en charge du secteur. Déployée pour la première fois en Finlande en décembre 1991, la 2G facilite la miniaturisation des appareils. Jusque-là analogique, le signal devient numérique. Cette évolution permet une amélioration de la qualité des appels et l’apparition des SMS. Le GSM est aujourd’hui encore la technologie la plus utilisée dans le monde pour ces usages.

2007

Le premier modèle de l’iPhone d’Apple est mis sur le marché le 29 juin 2007. Le développement des smartphones, dont le premier iPhone a été le précurseur, est rendu possible par l’arrivée de la 3G. La connexion à Internet, pour consulter des e-mails ou quelques pages web, était déjà possible grâce à des évolutions de la 2G (WAP, Edge, etc.) et le premier iPhone fonctionne d’ailleurs en Edge, mais c’est la 3G, déployée en France à partir de 2004 et disponible dès la deuxième version du téléphone d’Apple, en 2008, qui améliore considérablement les débits et permet le développement d’un véritable Internet mobile. Avec la 4G, qui lui succède à partir de 2013, « l’utilisateur dispose d’une connexion environ trois fois plus rapide qu’en 3G » selon l’Arcep, l’autorité administrative indépendante de régulation des télécoms en France, alors que les consultations de vidéos sur mobile augmentent.

2011

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé, une agence de l’ONU, classe en 2011 les radiofréquences de la téléphonie mobile dans la catégorie des cancérogènes « possibles » pour l’humain. Cette classification s’appuie sur une étude épidémiologique du CIRC menée dans 13 pays sur plus de 10 ans et publiée en 2010. Selon cette étude, l’utilisation du téléphone mobile n’augmente pas le risque de gliome, un cancer du cerveau, pour la majorité des utilisateurs, mais un doute existe pour les 10 % d’usagers téléphonant plus de 30 minutes par jour, toujours du même côté de la tête. En l’absence de certitudes, le CIRC recommande de « prendre des mesures pratiques afin de réduire l’exposition, comme l’utilisation de kits mains‐libres ou des textos », car c’est lorsque le téléphone est en contact direct avec la tête ou des parties sensibles du corps que le risque est plus élevé.

2017

Les premières spécifications du protocole 5G sont votées le 20 décembre 2017 à Lisbonne, au Portugal, par la 3GPP, une coopération internationale d’organismes de normalisation en télécommunications qui définit le contenu technique des technologies mobiles depuis la 3G. Outre l’augmentation des débits, la 5G « prend le relais des réseaux 4G qui commencent à saturer avec la croissance très rapide des quantités de données échangées », expliquait en 2019 à La Croix Sébastien Soriano, le président de l’Arcep. Elle vise également à favoriser le développement des objets connectés qui pourront communiquer « grâce à des capteurs sans batterie, ce qui n’est pas possible avec la 4G », précisait Sébastien Soriano. Avant le confinement, l’objectif de l’Arcep était « d’avoir des offres 5G dans 5 à 10 villes dès 2020 » et « un réseau 100 % 5G d’ici à 2030 ».


À l’étranger

La Corée du Sud, les États-Unis et la Suisse ont été les premiers pays où des offres mobiles 5G ont été commercialisées, en avril 2019. La société américaine d’analyse de réseaux informatiques Viavis recensait en février 34 pays où la 5G était accessible, bien que les territoires soient très partiellement couverts dans la majeure partie des cas. C’est en Corée du Sud que le réseau est le plus développé, avec 85 villes couvertes, devant les États-Unis (57 villes) et la Chine (50 villes). Le premier pays européen est le Royaume-Uni, avec 31 villes couvertes. Les vitesses de téléchargement de la 5G dépassent celles permises en moyenne par les réseaux Wi-Fi dans sept des huit pays testés dans une étude publiée par Opensignal, une entreprise de mesure de réseaux mobiles, dont le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Australie.