8 juin 2020

Tout s'explique

Les discriminations et la violence dans la police en France

Quelle est l’ampleur de la mobilisation contre les violences policières ?

Plus de 23 000 personnes ont manifesté samedi dans plusieurs villes de France, dont 5 500 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur, pour dénoncer le racisme et les violences policières et rendre hommage à George Floyd, un Afro-Américain mort le 25 mai à Minneapolis après son interpellation. Cette mobilisation fait suite à un premier rassemblement le 2 juin, qui a réuni 20 000 personnes à Paris, à l’appel du comité La Vérité pour Adama Traoré, un jeune homme noir mort en 2016 après son interpellation dans le Val-d’Oise. Des manifestations ont également eu lieu samedi dans de grandes villes européennes, comme Rome, Madrid et Londres. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé aujourd’hui qu’il avait demandé aux directions de la gendarmerie et de la police « qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’acte ou de propos racistes » et que la méthode de prise par le cou ne pourrait plus être utilisée lors des interpellations.

Comment le gouvernement s’est-il saisi de ces questions ?

Le ministère de l’Intérieur a annoncé en juin 2019 la conception d’un nouveau « schéma national du maintien de l’ordre ». À la mi-janvier, Emmanuel Macron a demandé au ministre de l’Intérieur de faire des propositions pour améliorer la déontologie et le contrôle de l’action des forces de l’ordre, après des faits de violences lors de manifestations de « Gilets jaunes » et de celles contre la réforme des retraites. Ces deux initiatives n’avaient pas connu de débouchés jusqu’ici. La semaine dernière, le Défenseur des droits, une autorité administrative indépendante, a souligné les problèmes de discrimination dans les contrôles d’identité et appelé à mettre en place une « traçabilité ». Dans son rapport annuel en 2016, il estimait que les personnes perçues comme noires ou arabes avaient 20 fois plus de probabilité que les autres d’être contrôlées.

Combien de personnes sont victimes de violences policières en France ?

Selon son rapport annuel publié aujourd’hui, le Défenseur des droits a enregistré en 2019 une augmentation de 29 % des dossiers liés à la « déontologie de la sécurité » avec près de 1 950 réclamations, dont la majorité concerne l’action des forces de l’ordre. « Dans un certain nombre de cas, des policiers avaient eu des comportements discriminatoires, j’ai demandé des sanctions. Souvent ces sanctions ne viennent pas », a déclaré aujourd’hui sur BFMTV Jacques Toubon, le Défenseur des droits. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), une des directions de la police, a été saisie en 2019 de 1 460 enquêtes judiciaires visant des policiers, dont 868 pour violences volontaires (contre 612 l’an dernier), selon son rapport annuel également publié aujourd’hui. En 2018, 46 enquêtes saisies par l’IGPN sur 1 180 concernaient des injures racistes. Cette année, le rapport ne les distingue pas.