9 juin 2020

Tout s'explique

Le plan de soutien et de « décarbonation » de l’industrie aéronautique

Quelles mesures le gouvernement a-t-il prises pour soutenir la filière aéronautique ?

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a présenté ce matin un plan de 15 milliards d’euros pour soutenir l’industrie aéronautique française et les compagnies aériennes, dont « 100 000 emplois sont menacés dans les six mois » à cause des conséquences de la crise sanitaire. Le montant annoncé inclut les 7 milliards d’euros de prêts accordés par l’État à Air France-KLM fin avril. Le plan prévoit différentes mesures pour préserver la trésorerie des entreprises et les emplois, comme le report de remboursements d’emprunts et la prolongation du chômage partiel. Deux fonds d’investissement doivent être mis en place pour accompagner les PME et les entreprises intermédiaires en difficulté. Des commandes d’appareils militaires seront passées par le ministère des Armées pour un montant de 600 millions d’euros. En contrepartie, les industriels se sont engagés à ne pas délocaliser leur production.

À quelles critères environnementaux le plan est-il lié ?

Le gouvernement souhaite accélérer la « décarbonation de l’industrie aéronautique » et parvenir à créer « un avion neutre en carbone en 2035 », a affirmé ce matin Bruno Le Maire. Pour y parvenir, il prévoit un fonds de 1,5 milliard d’euros d’aides publiques sur les trois prochaines années pour soutenir la recherche et développer l’électrification des appareils et la transition vers l’hydrogène comme carburant. Le transport aérien mondial consomme chaque jour 7,7 % de la production pétrolière mondiale, selon un rapport publié fin mai par le groupe de réflexion The Shift Project, qui milite pour une économie moins dépendante des énergies fossiles. Le rapport recommande de supprimer les vols intérieurs pouvant être assurés en train en moins de 4h30. Le gouvernement a choisi fin avril de conditionner l’aide financière accordée à Air France à une réduction de ses vols intérieurs dès lors qu’il existe une alternative ferroviaire sur un trajet de moins de 2h30.

Quels sont les effets de la crise sur le secteur aéronautique ?

Les compagnies aériennes subiront une perte de 84 milliards de dollars de pertes nettes en 2020, a estimé aujourd’hui l’Association internationale du transport aérien, qui regroupe près de 300 compagnies aériennes. Le constructeur aéronautique européen Airbus a annoncé la semaine dernière n’avoir enregistré aucune nouvelle commande au mois de mai, contre 299 depuis le mois de janvier. L’avionneur américain Boeing a annoncé fin avril un plan de suppression d’emplois de 10 % de ses effectifs, soit environ 16 000 postes, d’ici la fin de l’année. Le PDG de Boeing, Dave Calhoun, a estimé dans une lettre aux salariés que « l’industrie aéronautique mettra des années » à se remettre de la crise. Certaines mesures prises par les gouvernements visent à corriger des pratiques jugées dommageables pour l’environnement ou la concurrence : hier, le gouvernement autrichien a ainsi annoncé l’instauration d’un prix minimum de 40 euros sur les billets d’avion.