12 juin 2020

Tout s'explique

Des charniers découverts en Libye

Pourquoi l’ONU demande-t-elle l’ouverture d’une enquête en Libye ?

La Mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul) a demandé hier soir l’ouverture d’une enquête aux « autorités locales » après la découverte d’au moins huit charniers dans la localité de Tarhouna, près de la capitale Tripoli, au nord-ouest de la Libye. Tarhouna était le dernier fief dans l’ouest du pays du maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle l’est du pays (Cyrénaïque). Il a été repris le 5 juin par les forces du Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par l’ONU et qui gouverne l’ouest du pays (Tripolitaine). Le maréchal Khalifa Haftar avait lancé en avril 2019 une offensive pour conquérir Tripoli, où les combats ont duré pendant 14 mois. Le gouvernement du GNA a lancé la semaine dernière une offensive pour reprendre la ville de Syrte, à l’est de Tripoli, tenue par les forces du maréchal Haftar, où se situent d’importants sites pétroliers.

Quelles sont les forces étrangères présentes dans le pays ?

Le GNA bénéficie du soutien sur place de la Turquie depuis la signature en novembre d’un accord de coopération. Il a conduit à l’envoi à partir de janvier de soldats, d’armes et de drones, et à la mise en place de formations militaires. En échange, l’accord permet à la Turquie de s’arroger des droits de forages d’hydrocarbures dans les réserves libyennes en Méditerranée orientale. Le maréchal Khalifa Haftar reçoit de son côté le soutien de plusieurs États arabes, comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte. Un rapport publié début mai par des d’experts de l’ONU chargés du contrôle de l’embargo sur les armes en Libye affirme qu’il bénéficie depuis octobre 2018 de l’appui d’un millier de mercenaires russes du groupe Wagner, une société paramilitaire privée russe.

Quelle est la situation humanitaire en Libye ?

Les combats près de Tripoli la semaine dernière ont provoqué le déplacement de 16 000 Libyens, a annoncé la Manul dimanche. Environ 210 000 personnes au total sont déplacées dans tout le pays, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Entre avril 2019 et mars 2020, le conflit libyen a fait plus de 350 morts et 893 000 personnes ont besoin d’une aide humanitaire, a rapporté début avril la Manul. L’épidémie de Covid-19 a infecté au moins 359 personnes et causé cinq décès depuis l’apparition de la maladie le 24 mars dans le pays, selon le bilan officiel du GNA. Seuls les cas confirmés par le Centre national de lutte contre les maladies du GNA sont pris en compte. La situation des migrants en Libye reste également inquiétante alors que des centaines d’entre eux tentent chaque semaine la traversée de la Méditerranée, selon l’Organisation internationale pour les migrations, une agence de l’ONU.