24 juin 2020

Tout s'explique

Différend entre la France et la Turquie sur la Libye

De quoi la France et la Turquie s’accusent-elles en Libye ?

Emmanuel Macron a accusé lundi soir la Turquie de jouer « un jeu dangereux » en Libye et de contrevenir « à tous ses engagements pris lors de la conférence de Berlin ». La France, la Turquie et les autres participants à cette conférence, organisée en janvier, s’étaient engagés à s’abstenir « de toute ingérence dans le conflit armé » en Libye. La semaine suivante, la mission de l’ONU en Libye avait dénoncé la poursuite des violations de l’embargo sur les armes à destination de la Libye décidé par le Conseil de sécurité des Nations unies en 2011. Les autorités françaises reprochent à la Turquie de livrer des armes au Gouvernement d’union nationale, qui contrôle l’ouest du pays (voir la carte). Le ministère turc des Affaires étrangères a estimé hier que la Turquie avait envoyé des soldats en Libye pour soutenir le « gouvernement légitime », reconnu par l’ONU, et a accusé la France d’avoir pris le parti du maréchal Haftar, dont les troupes contrôlent l’est du pays.

Quels incidents les ont récemment opposées ?

Les tensions entre la France et la Turquie ont été exacerbées par un incident survenu le 10 juin en mer Méditerranée. À la demande de l’Otan, une alliance militaire de 29 pays dont sont membres à la fois la France et la Turquie, la frégate française Courbet a tenté de contrôler un cargo turc soupçonné d’acheminer des armes vers la Libye. La frégate a alors été illuminée à trois reprises par le radar de conduite de tir d’un navire militaire turc accompagnant le cargo. La ministre des Armées, Florence Parly, a dénoncé la semaine dernière devant le Sénat un acte « extrêmement agressif » qui « ne peut pas être celui d’un allié face à un autre allié qui fait son travail sous commandement de l’Otan ». Le quotidien d’information turc Sabah a annoncé lundi l’arrestation de quatre Turcs soupçonnés d’avoir espionné des organisations associatives et religieuses pour le compte de la France.

Comment l’Otan réagit-elle ?

L’Otan a annoncé jeudi dernier l’ouverture d’une enquête sur l’incident de la frégate française Courbet. Interrogé sur le différend entre la France et la Turquie au sujet de la Libye hier lors d’un forum à Bruxelles, en Belgique, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a reconnu des « différends » entre alliés, mais a affirmé que les membres de l’Otan s’accordaient pour s’inquiéter de « la présence accrue de la Russie en Libye » en soutien au maréchal Haftar. Lundi soir, Emmanuel Macron a critiqué la réponse de l’Otan face à l’action de la Turquie en Libye, y voyant « une des plus belles démonstrations qui soient » de l’état de « mort cérébrale » de l’organisation. Il avait utilisé la même expression en novembre, citant pour preuves le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés et l’intervention de la Turquie contre les Kurdes de Syrie qui avaient combattu le groupe djihadiste État islamique.