30 juin 2020

Tout s’explique

La centrale nucléaire de Fessenheim définitivement mise à l’arrêt

Comment doit se dérouler le démantèlement de la centrale de Fessenheim ?

Le second réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, a été définitivement arrêté hier soir, conformément au décret publié en février qui abroge l’autorisation d’exploitation de la centrale. Le premier réacteur avait été mis à l’arrêt le 22 février. La centrale nucléaire, mise en service en 1977, doit désormais être démantelée. Selon le plan préliminaire élaboré en août 2019 par le producteur d’électricité français EDF, qui exploitait la centrale, la première étape consiste notamment à évacuer d’ici 2025 l’ensemble du combustible nucléaire. EDF estime qu’une fois cette étape achevée, « 99,9 % de la radioactivité sera évacuée ». Il prévoit que le démantèlement de la centrale s’étale ensuite sur 15 ans environ, avec l’assainissement des bâtiments nucléaires et leur démolition. 380 000 tonnes de déchets, dont 6 % radioactifs, seront générés par le démantèlement, selon EDF.

Quels pays ont déjà commencé à démanteler des centrales nucléaires ?

Sur les 166 réacteurs définitivement arrêtés fin 2017 dans le monde, 145 étaient alors « en démantèlement ou en voie de l’être », rapporte sur son site l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), un établissement public. L’Allemagne et les États-Unis font partie des pays les plus concernés. Il était fréquent par le passé de différer le démantèlement des centrales pour laisser la radioactivité décroître sur le site. En Italie, le démantèlement de la centrale de Garigliano a commencé en 2012, plus de 30 ans après sa mise à l’arrêt. Ce démantèlement différé a entraîné des travaux supplémentaires liés à l’abandon du site pendant plusieurs années. « Désormais, on recommande de démanteler immédiatement », expliquait en 2017 Patrice François, expert en démantèlement des installations nucléaires à l’IRSN, à Sciences et Avenir.

Quelle est la stratégie nucléaire de l’exécutif ?

Emmanuel Macron a annoncé en 2018 son intention de faire arrêter 14 des 58 réacteurs nucléaires en France d’ici 2035, dont ceux de Fessenheim, et dit sa volonté de ramener alors à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité, contre 70 % aujourd’hui. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a affirmé aujourd’hui sur BFMTV que le nucléaire gardait « toute sa pertinence » car il « n’émet pas de CO2». Le Giec, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat mis en place par l’ONU, a évalué dans un rapport publié en 2018 les émissions de CO2 à 12 g/kWh pour le nucléaire, contre un peu plus de 800 pour le charbon. Toutefois, l’ONG Greenpeace rappelle sur son site que le nucléaire n’est pas pour autant une énergie propre, car « la production d’électricité d’origine nucléaire génère des quantités démesurées de déchets », dont une partie sont radioactifs et « le resteront pendant plusieurs milliers d’années ».