4 juillet 2020

On revient au début

Le difficile démantèlement des centrales nucléaires

La centrale nucléaire de Fessenheim a été définitivement débranchée du réseau électrique français lundi soir, avec la mise à l’arrêt du second réacteur. Selon le producteur d’électricité français EDF, qui exploite la centrale, le processus de démantèlement pourrait durer jusqu’en 2040. Depuis la mise en service des premières centrales nucléaires, plusieurs d’entre elles ont été fermées et subissent de longs processus de démantèlement.


À l’origine

L’énergie nucléaire est mise au point à la fin des années 1930 et plusieurs pays développent cette industrie à des fins civiles après la Seconde Guerre mondiale. C’est le cas de la France, dont la première centrale nucléaire est mise en service à Chinon (Indre-et-Loire) en 1963. L’utilisation de cette énergie est remise en cause à partir des années 1970 avec la montée des inquiétudes écologiques, en raison de la gestion des déchets radioactifs. Des accidents, comme celui de la centrale américaine de Three Mile Island en 1979 ou celui de la centrale ukrainienne de Tchernobyl en 1986, poussent ensuite plusieurs pays, comme la Suède ou l’Italie, à programmer une sortie progressive du nucléaire. S’il peut résulter d’un choix politique, le démantèlement des centrales peut aussi être décidé pour des raisons techniques (laisser la place à une nouvelle génération de réacteurs) ou sécuritaires (par exemple si un incident s’est produit).


Les dates clés

1978

La centrale nucléaire italienne de Garigliano est mise à l’arrêt en 1978 après un incident, 14 ans après sa mise en service. D’abord placée en maintenance, elle est définitivement fermée en 1982 pour des raisons de rentabilité. En 1987, un an et demi après l’accident de Tchernobyl, l’Italie organise un référendum sur le maintien de la production d’énergie nucléaire dans le pays, auquel les citoyens répondent majoritairement non. Depuis, l’Italie s’est engagée dans un processus de démantèlement des quatre centrales qu’elle possédait alors et Garigliano est l’une des plus vieilles centrales au monde où un tel processus est toujours en cours. Son démantèlement n’a toutefois débuté officiellement qu’en 2012, les opérateurs ayant décidé de laisser la radioactivité baisser naturellement. Ce choix, 34 ans après sa mise à l’arrêt, pose plusieurs problèmes : il faut alors restaurer le système électrique ou refaire des circuits de ventilation. Ce modèle de démantèlement différé n’est désormais plus utilisé dans le monde.

1985

La centrale nucléaire française des Monts d’Arrée, située dans le Finistère, est la première centrale française mise à l’arrêt, en 1985, après 18 ans de service. Elle est la seule à fonctionner avec un réacteur à eau lourde, une technologie qui est alors abandonnée et qui complique le processus de démantèlement. Une première phase débute en 1997, mais son démantèlement complet n’est prévu que pour 2039, selon la Commission d’information locale des Monts d’Arrée, créée par le Conseil général du Finistère et qui assure une mission de suivi en matière de sécurité nucléaire. Le démantèlement complet reste suspendu à une autorisation de l’Autorité de sûreté du nucléaire, une organisation indépendante agissant au nom de l’État, à une enquête publique, ainsi qu’à la publication d’un décret.

2011

Un tsunami provoque en 2011 un accident à la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon. Le pays décide alors d’arrêter l’ensemble de son parc nucléaire, avant de remettre progressivement en marche plusieurs réacteurs – 9 sont actuellement en service, contre 54 avant 2011. La centrale de Fukushima est encore en cours de décontamination en raison de la complexité du « procédé industriel mis en œuvre », selon Tepco, la compagnie qui l’exploite. Celle-ci prévoit une durée de démantèlement de 40 ans, une fois la décontamination achevée. La catastrophe de Fukushima entraîne un revirement de la politique vis-à-vis du nucléaire en particulier en Allemagne. Alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, était revenue en 2010 sur une décision de sortie du nucléaire, prise par son prédécesseur en 2002, elle annonce finalement une sortie progressive d’ici 2022. Huit réacteurs du pays sur 17 sont fermés dès 2011.

2015

Le Parlement français adopte en 2015 le projet de loi sur la transition énergétique pour la croissance verte. La loi prévoit de faire passer de 77 % à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici 2025. En 2018, Emmanuel Macron repousse cet objectif à 2035 et annonce celui de faire arrêter 14 des 58 réacteurs en exploitation d’ici là. L’arrêt des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus vieille centrale encore en activité sur le territoire, est repoussé de deux ans, mais confirmé pour 2020. EDF prévoit de commencer son démantèlement en 2025. Le président abandonne le conditionnement de cet arrêt à la mise en service de l’EPR de Flamanville, engagement pris en 2017 par l’État vis-à-vis d’EDF, en raison des nombreux retards constatés sur le chantier de ce réacteur nucléaire de nouvelle génération.


Les chiffres

443 réacteurs. 443 réacteurs nucléaires étaient opérationnels dans le monde fin 2019, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, une agence de l’ONU. Parmi eux, 92 avaient plus de 40 ans et 200 avaient entre 30 et 39 ans. 54 réacteurs étaient alors en construction, dans 19 pays, tandis que 13 ont été arrêtés de manière permanente au cours de l’année.

Entre 900 millions et 1,3 milliard. Un rapport parlementaire publié en 2017 estime que « le coût du démantèlement des centrales françaises risque d’être supérieur aux prévisions » d’EDF. Le groupe démantelait alors neuf réacteurs en France. D’après ce rapport « les exploitants européens provisionnent généralement entre 900 millions et 1,3 milliard d’euros par réacteur à démanteler quand EDF ne provisionne que 350 millions environ » par réacteur.