20 juillet 2020

Tout s'explique

L’Iran exécute un homme soupçonné d’espionnage pour les États-Unis

De quoi est accusé l’homme exécuté ce matin en Iran ?

Mahmoud Mousavi Majd, un Iranien présenté par la justice iranienne comme un « espion » de la CIA et du Mossad, des agences de renseignement américaine et israélienne, a été exécuté ce matin en Iran, a rapporté l’agence de presse judiciaire officielle Mizan. La justice l’accuse d’avoir fourni des informations sur des commandants militaires, dont les déplacements de Qassem Soleimani, un général iranien tué lors d’une frappe américaine en janvier en Irak. Mahmoud Mousavi Majd n’a toutefois pas participé à l’élimination de Qassem Soleimani puisqu’il a été arrêté « bien avant » sa mort, en octobre 2018, avait rappelé en juin la justice. Traducteur en Syrie, il a travaillé pour des conseillers militaires iraniens et a pu « pénétrer dans de nombreux lieux sensibles », a souligné l’agence Mizan. Qassem Soleimani, commandant d’une unité d’élite de l’organisation armée des Gardiens de la révolution, était accusé par les États-Unis d’être à l’origine d’attaques visant des Américains.

Quel rôle joue l’Iran sur le plan militaire en Irak ?

L’Iran cherche à étendre son influence régionale, en particulier en Irak. Les Gardiens de la révolution y ont développé leurs réseaux depuis 2003 et le renversement du régime de Saddam Hussein par les États-Unis, explique l’historien Jean-Pierre Filiu dans une note publiée en janvier sur un blog du Monde. Selon lui, les milices pro-iraniennes en Irak ont étendu leur influence lors de la guerre contre le groupe État islamique, profitant de la faiblesse de l’armée irakienne. Parmi ces milices, le Hezbollah irakien (ou « Kataeb Hezbollah ») a mené plusieurs attaques contre des positions américaines en Irak. Fin juin, une dizaine de combattants de cette milice ont été arrêtés à Bagdad, la capitale, mais ils ont été rapidement relâchés. Selon Michael Knights, analyste au sein du groupe de réflexion américain Washington Institute, l’incident montre que le nouveau gouvernement, en place depuis mai, « est prêt, mais pas encore apte, à se protéger des puissantes milices ou à restaurer l’État de droit ».

Où en sont les relations entre les États-Unis et l’Iran ?

Le 30 juin, le secrétaire d’État américain (l’équivalent du ministre des Affaires étrangères), Mike Pompeo, a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU le prolongement de l’embargo sur les armes en Iran, qui s’achève en octobre, et a remis un projet de résolution en ce sens, sans qu’une date de vote ne soit annoncée. Les États-Unis s’opposent régulièrement à l’Iran en raison de la volonté de ce dernier de développer ses capacités nucléaires. En mars, au début de l’épidémie de Covid-19, l’ONU avait appelé en vain à un allégement des sanctions économiques américaines à l’encontre de l’Iran pour permettre au pays de se fournir en matériel médical. Un rapport présenté le 9 juillet au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, un organe intergouvernemental chargé de la protection des droits humains, a estimé que l’assassinat de Qassem Soleimani était « une exécution arbitraire », car il n’a pas été démontré que le général représentait une « menace imminente ».