10 août 2020

Tout s'explique

Démissions en série au Liban

Comment le gouvernement libanais réagit-il à la crise ?

Le Premier ministre libanais, Hassane Diab, doit s’exprimer à 18h30 à la télévision nationale. D’après des déclarations du ministre de la Santé à l’agence de presse Reuters, il a prévu d’annoncer la démission du gouvernement. Cinq ministres, sur les 20 membres du gouvernement, ont déjà annoncé leur démission depuis hier, moins d’une semaine après la double explosion qui a eu lieu dans le port de la capitale, Beyrouth. L’explosion est due, selon le Premier ministre libanais, à une cargaison de nitrate d’ammonium entreposée dans le port pendant six ans, une négligence que de nombreux Libanais reprochent à leurs dirigeants. Les appels à la démission complète du gouvernement se sont multipliées au cours du week-end, durant lequel de nombreuses manifestations ont eu lieu et où plusieurs ministères ont été brièvement occupés. Le gouvernement avait été composé en janvier, après une crise sociale qui avait conduit à la démission du Premier ministre Saad Hariri. Hassane Diab a annoncé samedi vouloir proposer aujourd’hui à son gouvernement « la tenue d’élections législatives anticipées ».

Comment le pouvoir est-il partagé au Liban ?

Les Libanais critiquent le manque de renouvellement de la classe politique. Celui-ci est rendu difficile par le système confessionnel sur lequel le pouvoir repose au Liban. Ce système a été mis en place en 1926, alors que le pays était sous mandat français, et il perdure depuis l’indépendance du Liban en 1943. Selon l’usage, le poste de président de la République est ainsi attribué à un chrétien maronite, celui de Premier ministre à un musulman sunnite et celui de président du Parlement à un musulman chiite. Sur les 128 sièges du Parlement monocaméral, 64 sièges sont prévus pour des chrétiens et les 64 autres pour des musulmans. Ce système répond à une hétérogénéité de pratiques religieuses dans le pays et repose sur le dernier recensement officiel du pays, qui remonte à 1932. Selon des estimations de la CIA, une agence de renseignement américaine, la population comprend désormais 61,1 % de musulmans (dont 30,6 % de sunnites et 30,5 % de chiites), 33,7 % de chrétiens, dont la plupart sont maronites, et 5,2 % de druzes, une religion découlant de l’islam.

Quelle aide financière la France organise-t-elle ?

La France est à l’initiative d’une conférence qui s’est tenue hier par visioconférence pour coordonner l’aide financière internationale destinée à soutenir le Liban face aux conséquences de cette double explosion. Elle a réuni des responsables de 28 pays ainsi que d’organisations transnationales, comme l’UE, le Fonds monétaire international et l’ONU. Les priorités visent « la consolidation des bâtiments endommagés, l’aide médicale d’urgence, l’aide alimentaire et la restauration des hôpitaux et écoles », selon l’Élysée. L’ONU estime à 85 millions de dollars les besoins du Liban rien qu’en matière de santé. Les donateurs se sont engagés à verser à brève échéance un total de 252,7 millions d’euros, dont 30 millions venant de la France, précise l’Élysée. Aucune condition n’est assortie à cette aide financière, mais les participants estiment que le redressement économique et financier du Liban nécessite « des réformes urgentes et de substance qu’attend le peuple libanais ».