17 août 2020

Tout s'explique

Tensions entre Turcs et Européens en Méditerranée orientale

Qu’a annoncé la Turquie ?

La Turquie a annoncé hier qu’elle mènerait du 18 août au 15 septembre des activités d’exploration avec un navire de forage qu’elle a déployé au large de Chypre, dans une zone maritime attribuée à Chypre par un accord bilatéral entre ce pays et l’Égypte. La Turquie a envoyé lundi un autre de ses navires dans une zone maritime revendiquée par la Grèce afin de tenter d’y détecter des ressources énergétiques (voir la carte). Depuis une dizaine d’années, plusieurs vastes réserves de gaz ont été découvertes par des compagnies pétrolières au fond de la Méditerranée orientale, principalement dans les eaux égyptiennes, grecques et chypriotes. Aucune de ces réserves ne se situe dans les eaux turques, mais fin 2019, la Turquie a signé avec le Gouvernement d’union nationale libyen (GNA), qu’elle soutient militairement, un accord l’autorisant à forer dans une large zone en Méditerranée orientale. Cet accord est jugé illégal par l’Égypte, la Grèce et Chypre.

Quelles réactions suscitent ces actions ?

La France a annoncé jeudi qu’elle avait temporairement déployé deux avions Rafale et deux navires de guerre en Méditerranée orientale en signe de soutien à la Grèce. À l’issue d’une visioconférence organisée vendredi, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont réaffirmé « la pleine solidarité de l’UE avec la Grèce et Chypre », estimant qu’une « désescalade immédiate par la Turquie » était « cruciale ». Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré samedi lors d’un discours retransmis à la télévision que les « sanctions et les menaces » ne dissuaderaient pas la Turquie de mener des recherches énergétiques en Méditerranée orientale. « Sur cette question, notre pays a entièrement raison et nous allons défendre nos droits en utilisant tous les moyens à notre disposition », a déclaré le chef de l’État turc.

Comment sont délimitées les frontières maritimes ?

Signée en 1982, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) définit la notion de « zone économique exclusive » (ZEE). La ZEE est un espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources. Elle s’étend jusqu’à un maximum d’environ 370 km de ses côtes. Un État peut aussi bénéficier de ZEE supplémentaires grâce à ses îles, comme c’est le cas de la Grèce, qui dispose ainsi d’une très vaste zone économique exclusive en Méditerranée orientale. La Turquie, qui n’est pas signataire de la CNUDM, refuse ce principe. Selon elle, une ZEE peut être attribuée à une île seulement après la signature d’un accord bilatéral, comme celui que la Turquie a négocié avec la République turque de Chypre du Nord, un territoire seulement reconnu par la Turquie.