19 août 2020

Tout s'explique

L’armée prend le pouvoir au Mali

Que se passe-t-il au Mali ?

Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a annoncé hier soir à la télévision sa démission ainsi que la dissolution de son gouvernement et du Parlement. « Je souhaite qu’aucun sang ne soit versé pour mon maintien aux affaires », a-t-il ajouté. Plus tôt dans la journée, des militaires avaient déclenché une mutinerie, puis l’armée avait pris le pouvoir. La Cédéao, une organisation intergouvernementale ouest-africaine, a aussitôt dénoncé ce coup d’État et suspendu le Mali de tous ses organes de décision. Elle a réclamé la libération du président et de tous les officiels arrêtés. Dans la nuit, Ismaël Wagué, chef d’état-major adjoint de l’Armée de l’air, a déclaré à la télévision que les militaires comptaient mettre en place une « transition politique civile » visant à organiser des « élections générales crédibles ». « Nous ne tenons pas au pouvoir, mais nous tenons à la stabilité du pays », a-t-il ajouté.

Qu’était-il reproché à Ibrahim Boubacar Keïta ?

Ismaël Wagué a détaillé une liste de reproches adressés à Ibrahim Boubacar Keïta, réélu en 2018 après un premier mandat de cinq ans. Il a dénoncé « la gestion familiale des affaires de l’État », le « clientélisme politique », une « éducation nationale qui patauge » et le « terrorisme et l’extrémisme » qui sévissent dans le pays. Ibrahim Boubacar Keïta était déjà contesté dans la rue depuis juin par un mouvement d’opposition sans appartenance politique, le « Mouvement du 5 juin - Rassemblement des forces patriotiques » (M5-RFP), qui dénonçait des fraudes lors des élections législatives d’avril. Certaines manifestations ont été réprimées dans la violence. La Cédéao avait organisé une médiation pour tenter d’enrayer la crise politique et formulé plusieurs recommandations à l’égard d’Ibrahim Boubacar Keïta, qui avait suivi l’une d’entre elles en nommant fin juillet un gouvernement restreint de six ministres.

Quelle est la situation sécuritaire dans le pays ?

Fin juillet, la Cédéao s’inquiétait déjà des « similarités profondes » de la crise en cours avec celle de 2012, quand des manifestations violentes avaient donné lieu à un coup d’État militaire. Or ce renversement avait « plongé le Mali dans l’incertitude et favorisé l’expansion des groupes terroristes djihadistes dans le pays », soulignait l’institution. Début 2013, des djihadistes qui contrôlaient déjà le nord du pays avaient lancé une offensive contre la capitale du pays, Bamako, mais ils avaient été repoussés par des soldats français déployés dans le pays. Plus de 5 000 soldats français sont toujours présents dans le Sahel, une région qui s’étend sur le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, aux côtés de ceux de la Minusma, une mission de l’ONU. Mais les attaques terroristes continuent. L’ONU a dénombré plus de 4 000 morts, civils et militaires confondus, victimes du terrorisme dans le Sahel l’an dernier.