24 août 2020

Tout s'explique

Alassane Ouattara investi pour la présidentielle

Pourquoi la candidature d’Alassane Ouattara est-elle contestée ?

Le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a été investi samedi par son parti, le RHDP, pour l’élection présidentielle du 31 octobre. Le président sortant, qui avait annoncé en mars son intention de ne pas se représenter après deux mandats, avait expliqué le 6 août son revirement par « le souci de préserver la paix » après le décès un mois plus tôt du Premier ministre, qui devait être le candidat du parti à la présidentielle. L’opposition juge inconstitutionnelle la candidature d’Alassane Ouattara, puisque la nouvelle Constitution, adoptée en 2016, prévoit que le président « n’est rééligible qu’une fois ». Des manifestations ont eu lieu à Abidjan, la principale ville du pays, et dans plusieurs localités depuis le 6 août pour protester contre cette candidature. Samedi, deux personnes ont été tuées et 32 autres blessées dans des violences à Divo, dans le sud, selon le préfet de la région.

Quel est le bilan du président Alassane Ouattara ?

Alassane Ouattara est devenu président en 2011 à l’issue d’un an de violents affrontements entre ses partisans et ceux du président sortant, Laurent Gbagbo, chacun revendiquant la victoire à l’élection présidentielle de 2010. Il a été réélu en 2015. La Côte d’Ivoire a changé durant les quinquennats Ouattara, estimait François Backman, membre de l’Observatoire de l’Afrique subsaharienne, dans une note publiée en février sur le site de la fondation politique Jean-Jaurès : « L’argent et les investissements affluent, certains quartiers d’Abidjan se métamorphosent, l’eau et l’électricité reviennent. » Selon la Banque mondiale, un organisme de financement du développement, la Côte d’Ivoire affichait avant l’épidémie de Covid-19 « l’une des croissances économiques les plus fortes du continent africain et du monde », avec « une progression moyenne de 8 % par an depuis 2012 ». Cependant, l’indice de développement humain, un indice prenant notamment en compte l’espérance de vie et le niveau d’éducation, ne classe le pays qu’au 165e rang mondial en 2019.

Les rivalités de la crise post-électorale de 2010-2011 sont-elles apaisées ?

La crise de 2010-2011 a divisé le pays entre les partisans d’Alassane Ouattara, vivant principalement dans le nord du pays, et ceux de Laurent Gbagbo, fortement implantés dans le sud. « La réconciliation entre les communautés est toujours quelque peu virtuelle sous bien des aspects. L’arrivée d’Alassane Ouattara a provoqué un “rattrapage” au profit des gens du nord qui passe mal chez ceux du sud », note également François Backman. Dans un article publié en janvier 2019 sur le site d’analyses Areion24.news, Xavier Aurégan, chercheur affilié à l’Institut français de géopolitique, critiquait une justice « inféodée à l’exécutif » dans le traitement du conflit post-électoral de 2010-2011. En 2018, Alassane Ouattara a toutefois pris un décret d’amnistie pour 800 personnes dont les condamnations sont liées à la crise post-électorale. L’ancien président Laurent Gbagbo, acquitté en 2019 par la Cour pénale internationale de crimes commis en 2010-2011, a néanmoins été radié des listes électorales en raison de sa condamnation en janvier 2018 à 20 ans de prison par la justice ivoirienne.