25 août 2020

Tout s'explique

La France qualifie l’intoxication d’Alexeï Navalny d’« acte criminel »

Quelles accusations ont été formulées après l’intoxication d’Alexeï Navalny ?

Le ministère français des Affaires étrangères a dénoncé aujourd’hui un « acte criminel » après l’intoxication de l’opposant russe Alexeï Navalny et demandé aux autorités russes de diligenter « une enquête rapide et transparente ». Alexeï Navalny a été transféré dans un hôpital en Allemagne samedi après avoir fait un malaise en Russie jeudi. Il se trouve dans le coma. « Les résultats cliniques indiquent une intoxication » par une substance issue d’un groupe auquel appartiennent des agents chimiques qui agissent sur le système nerveux, mais « la substance spécifique n’est pas encore connue », a affirmé l’hôpital dans un communiqué hier. Un dispositif policier a été déployé autour de l’établissement « étant donné qu’il s’agit vraisemblablement d’une attaque au poison », a affirmé hier le porte-parole de la chancelière allemande. Le porte-parole du Kremlin a estimé ce matin que l’empoisonnement est une « piste parmi d’autres ».

Qui est Alexeï Navalny ?

À 44 ans, Alexeï Navalny est l’un des principaux opposants au président russe, Vladimir Poutine. Cet avocat de formation est à l’origine de plusieurs manifestations contre le pouvoir, comme les rassemblements anticorruption de 2017. Il dénonce la corruption de responsables russes sur son blog et sur sa chaîne YouTube, qui totalise près de 4 millions d’abonnés. Alexeï Navalny n’a jamais été élu, mais il est arrivé deuxième aux élections municipales à Moscou en 2013. Sa candidature à la présidentielle de 2018 a été rejetée en raison de sa condamnation dans une affaire de détournement de fonds qui le rend inéligible jusqu’en 2028. L’opposant a été brièvement incarcéré plusieurs fois ces dernières années, la plupart du temps après avoir appelé à des manifestations. Alexeï Navalny a exprimé à plusieurs reprises des positions nationalistes, comme lorsqu’il a appelé à l’expulsion de Géorgiens lors de la guerre russo-géorgienne en 2008.

L’empoisonnement d’opposants est-il une pratique courante en Russie ?

« Il y a eu toutes sortes d’opposants au régime soviétique, des traîtres, des transfuges qui ont été éliminés grâce aux poisons », a relaté dimanche sur TV5 Monde Galia Ackerman, historienne spécialiste de la Russie. Un laboratoire a été mis en place à la demande de l’ancien dirigeant soviétique Lénine afin de tuer les ennemis du pouvoir basés à l’étranger. Il a existé jusqu’à la fin de l’Union soviétique en 1991. Plusieurs cas d’empoisonnement ont été recensés ces dernières années, comme celui du transfuge Alexandre Litvinenko, empoisonné au polonium, un métal radioactif, à Londres en 2006 et celui de l’ancien agent double Sergueï Skripal, empoisonné à Salisbury (Royaume-Uni) en 2018. « On ne sait pas si c’est à chaque fois sur ordre des autorités suprêmes russes ou si ce sont des règlements de compte pratiqués par le FSB », le service de sécurité russe, souligne Galia Ackerman.