4 septembre 2020

Tout s'explique

Emmanuel Macron annonce une loi contre les « séparatismes »

Qu’a annoncé Emmanuel Macron au Panthéon ?

Emmanuel Macron a tenu un discours sur les valeurs de la République ce matin au Panthéon, à Paris, à l’occasion du 150e anniversaire de la République, livrant un plaidoyer pour la liberté et l’égalité. Il a fustigé « ceux qui s’en prennent aux forces de l’ordre, aux élus » et affirmé que « la République ne déboulonne pas de statues », car « on ne choisit jamais une part de France ». Le chef de l’État a déclaré qu’un projet de loi de « lutte contre les séparatismes » serait présenté cet automne. « Il n’y aura jamais de place en France pour ceux qui, souvent au nom d’un dieu, parfois avec l’aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi d’un groupe », a déclaré Emmanuel Macron. Lors d’un déplacement à Mulhouse en février, il avait annoncé de premières pistes pour « lutter contre le séparatisme islamiste », comme le contrôle des financements étrangers des lieux de culte et la fin du système des imams étrangers envoyés en France.

D’où vient le terme « séparatisme » ?

Emmanuel Macron a expliqué en février ne pas être « à l’aise avec le mot de “communautarisme” » et lui préférer celui de « séparatisme », car « nous pouvons avoir dans la République des communautés ». « Alors qu’il est devenu galvaudé de dénoncer le communautarisme, le terme de “séparatisme” insiste sur la gravité de ce qui est dénoncé », analysait la sémiologue Mariette Darrigrand en juillet sur Franceinfo. À l’origine, le terme évoquait au XVIIIe siècle les chrétiens qui ne suivaient pas l’Église anglicane, en Angleterre. Il est depuis passé dans le domaine politique pour désigner les mouvements autonomistes. En France, ce terme a été popularisé par une tribune d’une centaine d’intellectuels « contre le séparatisme islamiste » publiée en mars 2018 dans Le Figaro. Le professeur en communication politique Arnaud Mercier analysait sur Franceinfo la sémantique choisie par Emmanuel Macron comme une volonté de « reprendre à son profit tout un débat, pour arriver à capter l’électorat de droite ».

Comment se manifeste le phénomène décrit par Emmanuel Macron ?

Difficile à quantifier, le « séparatisme islamiste » se manifeste au sein d’associations, dans l’éducation ainsi que dans le sport, selon un rapport sénatorial sur la radicalisation islamiste publié en juillet. Les mouvements séparatistes ont pour but « la prise de contrôle de lieux jugés stratégiques (la salle de sport, le terrain de foot ou de basket, la salle de prière, l’école) qui peuvent se transformer en “incubateurs de haine” », souligne-t-il. L’islamologue Rachid Benzine soulignait en février dans Le Monde que le séparatisme islamiste provenait de « certains groupes musulmans fondamentalistes, particulièrement ceux qui se réclament du salafisme wahhabite » et qui sont « dans une démarche de rupture avec le fonctionnement du reste de la société ». En revanche, d’autres groupes comme les Frères musulmans « ne promeuvent pas une séparation d’avec la société », mais l’islamisation de celle-ci.

POUR ALLER PLUS LOIN

L'intégralité du discours d’Emmanuel Macron sur le site de l’Élysée.