9 septembre 2020

Tout s'explique

Le plus grand camp de migrants d’Europe ravagé par un incendie

Que s’est-il passé sur l’île de Lesbos ?

Plusieurs incendies ont ravagé cette nuit le camp de migrants de Moria, sur l’île grecque de Lesbos, au large de la Turquie (voir la carte). Ce camp était le plus peuplé d’Europe avec plus de 12 000 résidents, africains, afghans ou encore syriens, soit quatre fois plus que sa capacité d’accueil. Un premier cas de Covid-19 y avait été détecté la semaine dernière, poussant le ministère grec de l’Immigration et de l’Asile à interdire toute entrée et sortie du camp jusqu’au 15 septembre. L’ONG d’aide aux migrants Greek Council for Refugees avait alors dénoncé l’accès insuffisant à l’eau et aux sanitaires des résidents du camp. Une enquête est en cours sur la cause des incendies. Le commandant de la brigade des sapeurs-pompiers de la région a déclaré que des migrants avaient jeté des pierres sur les pompiers qui tentaient d’éteindre le feu. Les autorités grecques ont déclaré un état d’urgence de quatre mois à Lesbos afin d’y mobiliser d’importants moyens humains.

Comment le gouvernement grec a-t-il modifié sa politique migratoire ?

Devenu Premier ministre de la Grèce en juillet 2019, Kyriakos Mitsotakis, membre du parti conservateur Nouvelle Démocratie, a durci la politique migratoire de son pays. Il a fait voter plusieurs lois renforçant la surveillance des frontières et accélérant la procédure d’examen des demandes d’asile et donc des expulsions en cas de refus. Le gouvernement a également affirmé vouloir fermer les camps de migrants surpeuplés des îles de la mer Égée, près des côtes turques, et les remplacer par des centres fermés. Il a mis ce projet en pause en février après plusieurs manifestations d’habitants de ces îles qui souhaitent que les migrants soient déplacés sur la partie continentale de la Grèce ou accueillis dans d’autres pays européens.

Où en est la crise migratoire dans le sud de l’Europe ?

Fin 2019, la Grèce, pays d’un peu plus de 10 millions d’habitants, comptait plus de 190 000 migrants sur son sol, selon les chiffres du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés. Depuis le début de l’année, le pays a enregistré plus de 10 600 arrivées de migrants, selon l’Organisation internationale pour les migrations, qui dépend de l’ONU. L’Italie en a enregistré plus de 19 700 et l’Espagne environ 14 000. Les arrivées de migrants se sont nettement ralenties par rapport à la crise migratoire de 2015, marquée par un afflux de réfugiés syriens. Depuis le début de l’année, près de 47 500 migrants sont arrivés en Europe, soit près de 30 % de moins que sur les huit premiers mois de 2019. La crise du Covid-19 a en particulier fortement ralenti les arrivées. Celles-ci n’ont jamais excédé les 4 000 par mois entre mars et juin, ce qui n’était jamais arrivé depuis 2015.