30 septembre 2020

Tout s'explique

Regain de violences dans le Haut-Karabakh

Quels sont les derniers développements du conflit dans le Haut-Karabakh ?

Le Conseil de sécurité de l’ONU a appelé hier soir dans une déclaration unanime à « l’arrêt immédiat des combats » dans le Haut-Karabakh. Depuis dimanche, des combats meurtriers opposent l’Azerbaïdjan et les forces séparatistes du Haut-Karabakh soutenues par l’Arménie dans cette région de l’Azerbaïdjan qui a déclaré unilatéralement son indépendance en 1991 (voir la carte). Les combats ont fait au moins plusieurs dizaines de morts, dont des civils. La Russie, qui entretient des relations avec l’Azerbaïdjan et l’Arménie, a également appelé hier à un cessez-le-feu et proposé sa médiation. Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a rejeté ce matin cette initiative, jugeant « guère approprié de parler d’un sommet Arménie-Azerbaïdjan-Russie au plus fort des hostilités ». L’Arménie et l’Azerbaïdjan se rejettent la responsabilité des combats et les deux parties se disent déterminées à se défendre.

Quelles sont les origines du conflit ?

L’Arménie et l’Azerbaïdjan s’opposent au sujet du Haut-Karabakh depuis que celui-ci, peuplé en majorité d’Arméniens, a déclaré son indépendance de l’Azerbaïdjan en 1991, avec le soutien militaire de l’Arménie. Cette déclaration d’indépendance a déclenché une guerre avec l’Azerbaïdjan, qui a fait environ 30 000 morts. Lors de cette guerre, l’Arménie a pris le contrôle d’une partie du territoire azéri, à l’ouest du Haut-Karabakh. Un cessez-le-feu a été conclu en 1994 sur la base de ce découpage territorial, mais aucun traité de paix n’a été signé. Les accrochages militaires sont depuis récurrents entre les forces en présence. Le dernier remontait à juillet. Gaïdz Minassian, docteur en sciences politiques, analyse dans La Croix la résurgence du conflit comme un moyen pour l’Azerbaïdjan de « fédérer la nation autour de ce conflit » alors que l’économie de ce pays producteur de pétrole souffre de la chute des cours.

Quel est le rôle des puissances étrangères dans ce conflit ?

Les combats dans le Haut-Karabakh font craindre une régionalisation du conflit. L’Arménie a dénoncé lundi « la présence directe de la Turquie » en soutien à l’Azerbaïdjan, ce que les deux pays ont démenti. La Turquie s’est cependant dite hier déterminée à aider l’Azerbaïdjan. « Il y a ce vieux rêve panturquiste qu’a ressuscité le président Erdogan : celui de faire une continuité des peuples turcs de la Turquie jusqu’à l’Asie centrale », explique Laurent Leylekian, analyste politique spécialiste du Caucase, sur TV5Monde. La Russie joue également un rôle dans ce conflit, en se posant en arbitre. Pourtant, la Russie vend des armes aux deux parties, selon le centre de recherches suédois Sipri, malgré un embargo international sur les ventes d’armes aux deux États instauré en 1992. La France a également vendu des armes à l’Azerbaïdjan en 2015 et 2016, selon un rapport au Parlement sur les exportations d’armement.