6 octobre 2020

Tout s'explique

Les néonicotinoïdes autorisés pour les planteurs de betteraves

Pourquoi les députés ont-ils voté pour autoriser à nouveau les néonicotinoïdes ?

Les députés ont voté cet après-midi le projet de loi permettant d’instaurer des dérogations à l’interdiction de l’utilisation des néonicotinoïdes, des insecticides, afin de préserver la filière de la betterave sucrière. Ces dérogations seront possibles jusqu’au 1er juillet 2023. Les néonicotinoïdes permettent de lutter contre la prolifération du puceron vert, vecteur de plusieurs virus de la jaunisse, une maladie qui affaiblit les plantes. Ce pesticide avait été interdit en 2018 sur proposition du gouvernement pour « ses effets particulièrement nocifs sur l’environnement (notamment sur les pollinisateurs) ». Pour justifier ce retour en arrière, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a évoqué hier à l’Assemblée nationale « une situation exceptionnelle et une impasse » pour la filière de la betterave.

Quelles sont les conséquences de la prolifération de ces pucerons ?

La betterave sucrière est affectée par une prolifération inédite de pucerons verts. Cette épidémie s’est développée dans l’ensemble des régions productrices, situées au nord de la Loire, particulièrement en Île-de-France et en Centre-Val de Loire. Tandis que les récoltes ont commencé fin septembre, les premières « réalisées dans les parcelles les plus touchées du Centre-Val de Loire confirment des pertes de productivité dépassant les 50 % », a rapporté l’Association interprofessionnelle de la betterave et du sucre le 24 septembre. L’épidémie « va représenter des pertes d’au moins 150 millions d’euros pour les betteraviers en 2020 », a estimé fin août la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), une confédération de syndicats. Il n’existe aucune solution alternative efficace aux néonicotinoïdes pour lutter contre la jaunisse. Un plan national de 20 millions d’euros est prévu pour coordonner la recherche afin d’en trouver.

Que représente la filière de la betterave sucrière en France ?

La betterave sucrière, à distinguer de la betterave potagère, sert à produire du sucre, de l’alcool pour la fabrication de parfum ou de gel hydroalcoolique, ou encore du carburant. La France comptait 483 000 hectares de surface betteravière sur la saison 2018-2019, soit 2,5 % des terres arables françaises, selon le rapport annuel 2019 de la CGB. Parmi les quelque 39 millions de tonnes de betteraves sucrières produites, les deux tiers étaient destinées à la production de sucre. La France est le premier pays producteur européen de sucre blanc de betterave, avec 5,1 millions de tonnes produites sur la saison 2018-2019. La filière de la betterave sucrière représente 46 000 emplois, selon le ministère de l’Agriculture. Selon l’Institut technique de la betterave (ITB), un organisme interprofessionnel de recherche, seuls 1 500 hectares de betterave sucrière sont cultivés en agriculture biologique en France.

POUR ALLER PLUS LOIN

Notre article de 2018 sur le progrès et le déclin des insecticides.