8 octobre 2020

Tout s'explique

L’extrême pauvreté aggravée par la pandémie de Covid-19

Que prévoit le rapport de la Banque mondiale ?

La Banque mondiale, un organisme de financement du développement, a publié hier soir un rapport selon lequel la pandémie de Covid-19 risque d’entraîner 88 à 115  millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté d’ici la fin de l’année. Selon ces projections, entre 703 et 729 millions d’individus vivront avec moins de 1,90 dollar par jour. Fin 2020, le taux d’extrême pauvreté, qui était attendu à 7,9 % avant la pandémie, sera alors compris entre 9,1 et 9,4 %, soit son niveau de 2017. Ce taux s’élevait à 30 % en 1998 et il n’avait cessé de diminuer jusqu’ici. La Banque mondiale prévoit une hausse de l’extrême pauvreté en particulier parmi les citadins et les propriétaires de petites entreprises, des populations jusqu’ici relativement épargnées.

Comment est évaluée la pauvreté ?

Pour mesurer l’extrême pauvreté, la Banque mondiale utilise le seuil de 1,90 dollar par jour. Il correspond au minimum de ressources dont une personne a besoin pour satisfaire ses besoins alimentaires de base, évalués à 1 800 calories par jour, s’habiller et se loger dans les 15 pays les plus pauvres de la planète. Au-delà de l’extrême pauvreté, chaque pays détermine son propre seuil national de pauvreté. Il peut, comme le font les États-Unis et le Canada, recourir au « seuil absolu ». Il correspond au montant minimum dont doit disposer un ménage pour vivre dans des conditions décentes au sein de la société à laquelle il appartient. Les pays européens préfèrent recourir au « seuil relatif », une limite calculée en fonction de la distribution globale des revenus dans un pays. Ainsi, dans les États membres de l’UE, le seuil de pauvreté est fixé à 60 % du revenu médian, celui qui partage la population en deux (une moitié gagne moins, l’autre gagne plus).

Comment a évolué la pauvreté en France ?

Dans un article publié mardi par Le Monde, plusieurs associations caritatives estiment qu’en France, la crise sanitaire a fait basculer à ce jour 1 million de personnes supplémentaires dans la pauvreté. Pour l’affirmer, elles s’appuient sur la hausse du nombre de personnes s’adressant à elles. Pendant les deux mois du confinement, 1,27 million de personnes ont sollicité l’aide du Secours populaire, dont 45 % étaient jusque-là inconnues de l’association, selon le baromètre de l’association publié le 30 septembre. Les derniers chiffres officiels sur la pauvreté, fournis par l’institut national de statistiques Insee, concernent l’année 2018. Ils montrent que 14,8 % de la population, soit plus de 9,3 millions de personnes, vivaient en dessous du seuil de pauvreté, fixé à 1 063 euros par mois pour une personne seule et 1 913 euros pour un couple avec un enfant de moins de 14 ans. La pauvreté progresse en France depuis 2016, date à laquelle le taux de pauvreté était de 14 %. Si les retraités sont les plus préservés (près de 9 %), leur taux de pauvreté s’est fortement accru en 2018 (+1,1 point).