19 octobre 2020

Tout s'explique

Un professeur tué après avoir montré des caricatures de Mahomet

Que s’est-il passé à Conflans-Sainte-Honorine ?

Un Conseil de défense présidé par Emmanuel Macron hier soir a étudié des « actions concrètes » à mener contre les milieux radicalisés et la haine en ligne après une nouvelle attaque terroriste, a rapporté l’Élysée. Vendredi après-midi, un professeur d’histoire-géographie, Samuel Paty, a été assassiné à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Il a été « décapité » par un homme russe d’origine tchétchène de 18 ans, a rapporté le parquet national antiterroriste (PNAT) qui a ouvert une enquête. L’assaillant, tué par la police, avait revendiqué son crime sur Twitter, en se désignant comme « le serviteur d’Allah ». Selon le PNAT, le professeur avait montré des caricatures du prophète Mahomet publiées par Charlie Hebdo lors d’un cours sur la liberté d’expression. Un parent d’élève s’en était plaint auprès de la direction et de la police, ainsi que dans des messages sur Facebook dans lesquels il nommait le professeur et appelait à une mobilisation pour le faire renvoyer.

Qu’est-ce que la plateforme Pharos ?

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé ce matin que « plus de 80 enquêtes » ont été ouvertes pour publication en ligne de messages de soutien à l’attentat. La ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, a pointé le développement du « cyber-islamisme » lors d’un déplacement ce matin dans les locaux de la plateforme Pharos. Cette plateforme, créée en 2009, permet de signaler un contenu ou un comportement sur Internet jugé illicite. Une fois l’infraction caractérisée par les services de Pharos, le procureur ouvre une enquête. Toutefois, les délais de l’enquête pouvant être longs, les contenus peuvent rester en ligne après signalement. Pharos reçoit plus de 200 000 signalements par an, selon le ministère de l’Intérieur. En juin, le Conseil constitutionnel a censuré en grande partie la loi Avia, qui proposait d’imposer aux plateformes le retrait rapide des contenus illicites, estimant qu’elle portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression.

Comment une association peut-elle être dissoute ?

51 associations vont faire l’objet d’une inspection des services de l’État et « plusieurs d’entre elles seront dissoutes », a annoncé ce matin Gérald Darmanin. Le ministre de l’Intérieur va proposer la dissolution du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), car elle était « manifestement impliquée » dans l’attentat, puisque le parent d’élève qui s’en est pris à Samuel Paty sur Internet y a « fait référence clairement », a-t-il expliqué sur Europe 1. La dissolution d’une association peut intervenir sur décision de ses membres, du tribunal ou encore par décret en Conseil des ministres. Ce dernier type de dissolution intervient dans certains cas prévus par la loi, comme la provocation à la haine ou les agissements en vue de provoquer des actes de terrorisme. Le CCIF, qui accompagne en justice des victimes d’islamophobie, a nié dans un communiqué « avoir mené une campagne de harcèlement contre cet enseignant ».

POUR ALLER PLUS LOIN

Un diaporama de Libération sur les hommages rendus ce week-end à Samuel Paty.