22 octobre 2020

Tout s'explique

Lancement du « Grenelle de l’éducation »

Quel est l’objectif du Grenelle de l’éducation ?

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a lancé aujourd’hui un « Grenelle de l’éducation » qui doit s’achever en février prochain. Annoncé en août, ce cycle de rencontres avec le personnel enseignant, les parents d’élèves, les syndicats et la société civile vise à engager « une évolution profonde du système éducatif et des métiers » du personnel de l’Éducation nationale, selon les termes du ministère. Le Grenelle doit aborder la question des salaires et des carrières des professeurs, ainsi que la modernisation de l’enseignement, par exemple avec les outils numériques. Le budget 2021 du ministère prévoit 400 millions d’euros pour revaloriser les salaires des enseignants en début de carrière et des directeurs d’école. Après l’assassinat vendredi dernier du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, le Grenelle doit aussi porter sur des mesures de protection des professeurs.

Combien gagnent les enseignants ?

En 2018, le salaire net moyen des enseignants était de 2 634 euros, selon l’institut national de statistiques Insee. Une étude publiée en novembre par la DEPP, le service des statistiques du ministère de l’Éducation nationale, et portant sur l’année 2017 montre que le salaire varie fortement en fonction du statut. Un enseignant titulaire, c’est-à-dire détenteur d’un concours de l’enseignement public ou privé sous contrat, perçoit en moyenne 2 510 euros par mois contre 1 677 euros pour un enseignant contractuel, n’ayant pas le statut de fonctionnaire. Les professeurs agrégés gagnent en moyenne 1,6 fois plus que les professeurs des écoles et 2,1 fois plus que les professeurs contractuels. En parité de pouvoir d’achat, le salaire effectif moyen des enseignants en France (primes et heures supplémentaires incluses) se situe dans la moyenne de l’OCDE, selon une étude publiée en 2019 par cette organisation qui regroupait alors 36 pays parmi les plus développés du monde.

Le métier est-il attractif ?

Le nombre de candidats au concours de professeur des écoles et à celui du Capes, qui permet d’enseigner dans les collèges et les lycées, a baissé d’environ 30 % entre 2009 et 2020, selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale. Dans une étude publiée en 2019, la docteure en économie Mélina Hillion lie ce recul à la réforme dite de la « masterisation ». Mise en pratique à partir de la rentrée 2010-2011, elle exige un master et non plus seulement une licence pour enseigner dans le primaire et le secondaire avec un statut de fonctionnaire. Selon Mélina Hillion, certains titulaires de master ont pu opter pour des emplois plus rémunérateurs que celui de professeur, étant donné que « l’écart salarial entre les enseignants et les autres professions est considérablement plus élevé chez les diplômés de master que chez les diplômés de licence ». Au-delà du recrutement, plus de 1 400 enseignants ont démissionné à la rentrée 2018, contre 364 à la rentrée 2009, selon la DEPP.

POUR ALLER PLUS LOIN

L’étude de l’OCDE sur les salaires des enseignants expliquée par Le Monde.

L’analyse de Mélina Hillion, docteure en économie.