23 octobre 2020

Tout s'explique

L’accès à l’avortement de plus en plus limité en Pologne

Qu’a décidé le Tribunal constitutionnel de Pologne ?

Le Tribunal constitutionnel de Pologne, qui statue sur la conformité des lois, a rendu hier soir un arrêt restreignant l’accès à l’avortement. Il juge inconstitutionnelle une disposition de la loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en cas de malformation grave et irréversible du fœtus ou de maladie incurable menaçant sa vie. La requête était déposée par des députés conservateurs qui dénonçaient une pratique « eugénique », c’est-à-dire visant à ne garder que les fœtus en bonne santé, et « contraire aux principes de la dignité humaine ». Une proposition de loi pour interdire cette pratique avait été présentée au Parlement pendant l’épidémie de Covid-19, mais les parlementaires avaient refusé en avril de se prononcer dessus jusqu’à nouvel ordre, compte tenu du contexte sanitaire et de protestations massives sur Internet. Le recours à l’IVG en Pologne, encadré par une loi de 1993, n’est désormais possible que dans deux cas de figure : un risque grave pour la santé de la femme enceinte ou une grossesse résultant d’un acte illicite (viol, inceste).

Combien d’avortements sont pratiqués chaque année en Pologne ?

La Pologne a enregistré environ 1 100 avortements en 2019, selon les chiffres des autorités sanitaires. Parmi eux, 98 % étaient justifiés par des malformations du fœtus, le motif désormais considéré comme illégal par le Tribunal constitutionnel. Compte tenu de la législation restrictive, un grand nombre d’avortements ont lieu de manière clandestine, selon la Fédération pour les femmes et la planification familiale, une ONG polonaise qui milite pour les droits des femmes. Elle estime à « environ 120 000 à 150 000 » le nombre d’avortements illégaux chaque année en Pologne, qui sont généralement réalisés par l’auto-administration d’une pilule abortive ou par une opération chirurgicale illégale. Des Polonaises se rendent également à l’étranger pour pouvoir avorter. La loi prévoit jusqu’à trois ans de prison pour toute personne qui aide une femme à avorter.

Quel est le recours à l’avortement dans le monde ?

Environ 73 millions d’avortements ont eu lieu dans le monde chaque année entre 2015 et 2019, selon des données publiées en juillet par l’Institut Guttmacher, un institut américain de recherche. Il précise que les pays limitant l’accès à l’avortement connaissent proportionnellement davantage de grossesses non désirées que ceux où l’avortement est largement autorisé. Ainsi, même si l’accès à l’IVG y est plus compliqué, ces pays restrictifs connaissent proportionnellement autant d’avortements que les autres, selon l’institut. Une grande majorité de pays autorisent le recours sous conditions à l’IVG, rapportait en avril 2019 le Center for Reproductive Rights, une organisation américaine qui défend les droits reproductifs. La plupart de ceux qui l’interdisent totalement se trouvent en Afrique et en Amérique centrale. En Europe, l’avortement est illégal à Malte et en Andorre.

POUR ALLER PLUS LOIN

La carte interactive des législations sur l’avortement dans le monde par le Center for Reproductive Rights (en anglais).