7 novembre 2020

On revient au début

Amazon, une « librairie en ligne » devenue un géant d’Internet

Le Premier ministre, Jean Castex, a appelé dimanche les Français à « retarder, décaler » leurs achats « plutôt que de commander sur un grand site étranger », tandis qu’il annonçait l’interdiction de la vente en grandes surfaces de « produits qui ne peuvent pas être vendus dans les commerces de proximité », fermés à cause du confinement. Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, l’entreprise américaine de commerce électronique Amazon a considérablement augmenté ses ventes à l’international. Conçu à l’origine comme une « librairie en ligne » par son fondateur, Amazon est devenu depuis un groupe diversifié dans le secteur du numérique.


À l’origine

Le site Amazon.com est lancé en juillet 1995 par l’entrepreneur américain Jeff Bezos, depuis Seattle aux États-Unis. Il veut profiter de la croissance d’Internet pour y vendre des livres. « L’idée de créer une librairie en ligne avec des millions de titres – quelque chose qui ne pouvait tout simplement pas exister dans le monde physique – était très excitante », a expliqué Jeff Bezos en 2010 lors d’un discours à l’université de Princeton. Lors de son lancement, le site propose un million de titres, dont la grande majorité avec des rabais, et devient rapidement populaire. En un mois, les commandes affluent de 45 pays, relate Amazon dans un communiqué en octobre 1995. Le catalogue se diversifie dans les années suivantes, avec des CD, de l’électronique, des jouets. En 1997, Amazon s’introduit en bourse. Les premières déclinaisons européennes du site sont lancées l’année suivante. Le magazine américain Time nomme Jeff Bezos « personnalité de l’année » en 1999, le qualifie de « roi » d’Internet et écrit que « le e-commerce est en train de changer la façon dont le monde achète ».


Les dates clés

2002

En janvier 2002, Amazon annonce son premier bénéfice : l’entreprise a enregistré au quatrième trimestre 2001 un résultat net de 5 millions de dollars et un chiffre d’affaires de 1,1 milliard de dollars. La stratégie de développement d’Amazon repose sur un principe : « prendre des décisions d’investissements à la lumière de considérations de leadership sur le marché à long terme, plutôt que des considérations de rentabilité à court terme », affirme Jeff Bezos dans une lettre aux actionnaires en 1998. Le dirigeant consent à enregistrer des pertes puis à limiter les profits pour réaliser des investissements massifs et faire croître son entreprise. Dans les années 2000, Amazon multiplie ses activités (voir l’infographie) en commercialisant ses propres produits, comme la liseuse Kindle en 2007, et en développant ses services, dont Amazon Web Services, lancé en 2006, qui propose l’hébergement de ressources informatiques sur des serveurs distants.

2007

Un tribunal de Versailles interdit en décembre 2007 à Amazon France la livraison gratuite des livres, pratiquée depuis 2002, après une plainte du Syndicat de la librairie française. La justice considère que le port gratuit est une concurrence déloyale et qu’il contrevient à la loi de 1981 qui fixe un prix unique pour le livre et encadre également les ventes avec prime (l’offre d’un produit ou d’un service lors de la vente). En 2014, le Parlement adopte une loi régissant la vente à distance de livres : elle interdit le cumul du port gratuit et d’un rabais de 5 %. Cette loi surnommée « anti-Amazon » est rapidement contournée par Amazon France, qui établit la livraison des livres à un centime. Amazon a toujours cherché à optimiser la livraison, en réduisant les coûts ainsi que les délais. Pour y parvenir, l’entreprise possède ses propres centres de distribution dans plusieurs pays. Amazon expérimente également depuis plusieurs années des moyens de livraison alternatifs et plus rapides, notamment par drone.

2017

La Commission européenne rapporte en octobre 2017 qu’Amazon a bénéficié d’avantages fiscaux d’environ 250 millions d’euros au Luxembourg, où est établi son siège social européen. Elle estime que, grâce à une décision fiscale émise par le Luxembourg en 2003, « près des trois quarts des bénéfices d’Amazon n’étaient pas imposés » et elle somme le Luxembourg de récupérer auprès d’Amazon ce qu’elle considère comme une aide illégale. Le Luxembourg a fait appel devant la Cour de justice de l’UE, chargée de garantir le respect de la législation européenne. L’affaire est en cours. En France, la société a annoncé en 2018 avoir conclu un « accord de règlement d’ensemble avec les autorités fiscales » d’un montant qui n’a pas été précisé. Amazon était visé par un redressement fiscal de près de 200 millions d’euros portant sur les années 2006-2010. Le gouvernement a fait adopter en juillet 2019 la taxe « Gafa », un impôt frappant les grandes entreprises du numérique, afin de « rétablir de l’équité fiscale », selon le ministre de l’Économie.

2019

Des milliers de salariés d’Amazon coordonnent un mouvement de protestation dans plusieurs pays tels que l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis, en juillet 2019 à l’occasion des « Prime Days », des jours de promotions annuelles pratiquées par Amazon, pour réclamer de meilleures conditions de travail. Le syndicat britannique GMB publie un communiqué dans lequel il dénonce des conditions « effroyables » dans les entrepôts. Depuis plusieurs années, des enquêtes réalisées par des médias ont révélé les cadences imposées dans les centres de distribution d’Amazon en Europe et aux États-Unis. En décembre 2019, le magazine américain The Atlantic rapporte que « l’obsession de la société pour la vitesse a transformé ses entrepôts en usine à blessures » aux États-Unis. Ces allégations ont toujours été minimisées ou démenties par la firme américaine.


Les chiffres

Amazon dans le monde. Amazon exploite 175 centres de distribution, la plupart en Amérique du Nord et en Europe, en plus de ses bureaux, ses centres de données et ses magasins physiques. Au 31 décembre 2019, la firme employait environ 800 000 personnes (temps plein et temps partiel) dans le monde, selon son rapport annuel. Amazon rapporte dans ses résultats du troisième trimestre 2020 employer à ce jour 1,1 million de personnes (temps plein et temps partiel). La société s’appuie également sur des emplois saisonniers, notamment au moment des fêtes de fin d’année.

Chiffre d’affaires. En 2019, Amazon a enregistré un chiffre d’affaires de 280 milliards de dollars, en augmentation de 20 % par rapport à 2018, selon son rapport annuel. Son service « cloud », Amazon Web Services, représente 12 % de son chiffre d’affaires 2019. Cette activité est celle qui rapporte le plus à Amazon, avec un taux de rentabilité de 26 %. La crise du Covid-19 a profité à Amazon : la firme a augmenté au deuxième trimestre 2020 ses ventes de 40 % par rapport au deuxième trimestre 2019.

La fortune de Jeff Bezos. Le dirigeant et fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, est l’homme le plus riche du monde, selon le classement du magazine économique américain Forbes, mis à jour en continu. Hier, la valeur nette de sa fortune était estimée à 193 milliards de dollars. Fin août, elle a enregistré un record en dépassant le seuil des 200 milliards de dollars, grâce à une hausse des actions Amazon. Jeff Bezos est également propriétaire du journal Washington Post depuis 2013 et a créé en 2000 la société Blue Origin, spécialisée dans les nouvelles technologies aérospatiales.