13 novembre 2020

Tout s'explique

Un cadre de la mouvance djihadiste au Sahel tué au Mali

Qui est le responsable terroriste tué au Mali par les forces françaises ?

Le ministère des Armées a annoncé ce matin la mort d’un haut responsable du groupe djihadiste Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), tué mardi au Mali par les forces françaises. « Cadre historique de la mouvance djihadiste au Sahel, Bah ag Moussa est considéré comme responsable de plusieurs attaques contre les forces maliennes et internationales », souligne le ministère. Bah ag Moussa avait cofondé le groupe djihadiste Ansar Eddine après avoir déserté l’armée malienne en 2012. Ansar Eddine a fusionné avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et d’autres groupes terroristes en 2017 sous le nom de GSIM. Bah ag Moussa était chargé du commandement des opérations armées du GSIM et de la formation des nouvelles recrues. En juin, la force française Barkhane, qui lutte contre les groupes terroristes au Sahel depuis 2014 et cherche à en éliminer les dirigeants, avait tué le chef d’AQMI au nord du Mali.

Éliminer des chefs djihadistes a-t-il un réel impact ?

Les opérations menées par la force française Barkhane (voir la carte) sont « essentielles pour diminuer » la « capacité de nuisance » des groupes terroristes, soutient le ministère des Armées dans un bilan annuel publié en janvier. Cette force est passée en 2020 de 4 500 à 5 100 soldats. Sa stratégie d’élimination de chefs djihadistes présente toutefois des limites en cela qu’ils peuvent être rapidement remplacés, selon des spécialistes des mouvements djihadistes, comme le journaliste Wassim Nasr. Il a souligné aujourd’hui sur la radio franco-gabonaise Africa Radio que Bah ag Moussa « avait réussi à passer la main et à faire profiter de son expérience le nouveau commandement des djihadistes ». Ces éliminations permettent toutefois de « désorganiser » les mouvements, observe Pierre Servent, journaliste et expert en stratégie militaire, sur France Inter, précisant que « cela fait parfois monter des jeunes chefs plus brutaux, plus radicaux, qui vont se trouver confrontés à des oppositions internes ».

Comment expliquer la résistance des groupes djihadistes au Sahel ?

L’Institut français des relations internationales (Ifri), un centre de recherche, note dans une étude de janvier 2019 que « la mouvance djihadiste s’est largement restructurée » au Sahel depuis l’opération lancée par la France au Mali en 2013 pour repousser une offensive des groupes armés islamistes. L’Ifri explique cette évolution par un fort enracinement local des groupes terroristes, avec la « montée en puissance des figures autochtones, bien insérées dans les réseaux d’alliances locales ». Cet enracinement s’appuie aussi sur « l’effacement de l’État et les violences intercommunautaires » qui profitent aux djihadistes, les seuls alors à « offrir un projet politique, social et religieux alternatif ». Les groupes djihadistes du Sahel ont étendu leur insurrection au Burkina Faso et au Niger ces dernières années. La population malienne se méfie de la force Barkhane, qu’elle juge inefficace, affirme dans le site The Conversation le chercheur à Sciences Po Bordeaux Boubacar Haidara.

POUR ALLER PLUS LOIN

Les différents groupes djihadistes du Sahel décrits sur RFI.

L’article de Boubacar Haidara dans The Conversation.