17 novembre 2020

Tout s'explique

Un nouveau président par intérim désigné au Pérou

Qui est le nouveau président par intérim du Pérou ?

Le Congrès du Pérou, le Parlement monocaméral du pays, a désigné hier soir le parlementaire centriste Francisco Sagasti président par intérim, par 97 voix contre 26. Précédemment, le Congrès avait destitué le 9 novembre le président Martin Vizcarra. Dimanche, le président par intérim qui lui avait succédé avait démissionné à la suite d’importantes manifestations contre sa désignation. Le mandat de Francisco Sagasti court jusqu’en juillet 2021, date à laquelle devait s’achever celui du président destitué. La prochaine élection présidentielle se tiendra en avril. Le président Martin Vizcarra a été destitué par le Congrès en raison de soupçons de faits de corruption lorsqu’il était gouverneur en 2014.

Pourquoi la destitution du président Vizcarra a-t-elle fait l’objet de protestations ?

Arrivé au pouvoir en mars 2018, Martin Vizcarra a mis en place des mesures pour lutter contre la corruption. En décembre 2018, plusieurs réformes constitutionnelles ont été approuvées par référendum, comprenant l’interdiction pour les parlementaires de se présenter pour un deuxième mandat consécutif. Cette politique anticorruption a valu à Martin Vizcarra l’opposition du Congrès, qui avait tenté une première fois de le destituer en septembre, selon Lissell Quiroz, enseignante-chercheuse sur l’histoire du Pérou. Elle estime sur RFI que sa destitution résulte d’un « bras de fer » avec le Congrès. D’importantes manifestations ont eu lieu depuis une semaine pour protester contre cette destitution et la désignation du président du Congrès comme président par intérim. « Cela a été ressenti comme une procédure autoritaire » du Congrès « qui donne en plus l’impression de vouloir se protéger », analyse Lissell Quiroz.

À quelles affaires de corruption le Pérou a-t-il été confronté ?

Le Pérou est confronté depuis de nombreuses années à des affaires de corruption, comme l’affaire Odebrecht. Ce scandale porte le nom d’une société de construction brésilienne ayant versé des pots-de-vin à des responsables politiques d’une dizaine de pays d’Amérique latine en échange de marchés publics pendant près de 15 ans. Quatre anciens présidents du Pérou sont soupçonnés d’être liés à cette affaire, dont l’un s’est suicidé en avril 2019 avant son arrestation dans cette affaire. En 2019, le Pérou avait une note de 36 sur 100 (à comparer avec le score de 87 du Danemark, pays le mieux noté) selon l’indice de perception de la corruption, un indicateur situant le degré de corruption d’un pays élaboré par l’ONG Transparency International. Lissell Quiroz qualifie la corruption de « structurelle » au Pérou, où « plus de 50 % des parlementaires péruviens sont cités dans des affaires de corruption ».

POUR ALLER PLUS LOIN

Le classement 2019 de Transparency International [PDF] sur la corruption dans le monde.