26 novembre 2020

Tout s'explique

Nouvelles condamnations en Turquie pour le coup d’État manqué de 2016

Quelles sanctions ont été prises depuis la tentative de coup d’État de 2016 ?

La justice turque a condamné aujourd’hui 27 personnes à la prison à vie. Elles comparaissaient parmi près de 500 personnes suspectées d’avoir participé à une tentative coup d’État lancée par des militaires le 15 juillet 2016. Plus de 4 100 personnes avaient déjà été condamnées, dont plus de 2 500 à la prison à vie en lien avec la tentative de coup d’État, selon le ministère turc de la Justice. Après le putsch raté, plus de 129 000 fonctionnaires ont été « révoqués de façon arbitraire », selon Amnesty International, une ONG de défense des droits humains. Sur son site, elle affirme que « plus de 115 000 » fonctionnaires étaient toujours écartés et privés de passeport l’an dernier. L’ONG recensait toujours en 2019 « plusieurs milliers de personnes » maintenues en détention provisoire « de façon prolongée et à titre punitif ».

Comment Recep Tayyip Erdogan a-t-il renforcé son pouvoir depuis 2016 ?

Après la tentative de coup d’État, le chef de l’État turc a entrepris de renforcer ses pouvoirs. L’état d’urgence, permettant au président de gouverner par décret, a été mis en place du 20 juillet 2016 au 18 juillet 2018. En avril 2017, Recep Tayyip Erdogan a obtenu des pouvoirs étendus à l’issue d’un référendum. Réélu en 2018, le président turc cumule désormais ses fonctions de chef de l’État et des armées avec celles de chef du gouvernement. Il peut nommer et renvoyer ses ministres « sans l’avis du Parlement ». Selon la plateforme de défense de la liberté de la presse Free Turkey Journalists, 170 médias ont été fermés « de force » depuis le putsch avorté. En octobre, une loi de régulation des réseaux sociaux est entrée en vigueur.

À quels problèmes économiques le chef de l’État turc est-il confronté ?

Fin octobre, la livre turque a atteint son plus bas historique face au dollar. Cette dévalorisation a pour conséquence de renchérir les importations et d’alimenter l’inflation, proche de 12 % sur un an selon l’institut turc des statistiques. Le Fonds monétaire international prévoit que le PIB (la production totale de biens et services) de la Turquie aura baissé de 5 % en 2020. Le taux de chômage atteignait près de 14 % en 2019, selon la Banque mondiale, un organisme de financement du développement. « Afin de faire oublier la situation économique précaire à laquelle il ne semble pas en mesure de répondre efficacement, le gouvernement d’Erdogan redouble d’activisme sur la scène internationale », estime pour sa part Margaux Magalhaes, enseignante chercheuse à Sciences Po Lille, dans un article publié sur The Conversation.