12 décembre 2020

On revient au début

Le centre dans la vie politique française

L’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing est décédé le 2 décembre, à l’âge de 94 ans. « La France souhaite être gouvernée au centre », avait-il déclaré dans un discours prononcé en 1972. Élu président en 1974, il a incarné la droite libérale, mais mené une politique centriste. Le centre a souvent été proche de la droite depuis l’avènement de la Ve République, au point de connaître de nombreuses scissions et évolutions.


À l’origine

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, le centre participe activement à la vie politique française, par exemple en gouvernant à plusieurs reprises avec des partis de gauche. Il est incarné par le Mouvement républicain populaire (MRP), d’inspiration démocrate-chrétienne. En 1958, le MRP rallie le général de Gaulle et soutient l’adoption de la Constitution de la Ve République. La révision constitutionnelle de 1962 consacre l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Ce mode de scrutin, qui permet aux deux candidats arrivés en tête au premier tour de s’affronter au deuxième tour, entraîne une bipolarisation de la vie politique autour du clivage droite-gauche. Le centre se morcelle, certains choisissant de rejoindre le camp de Charles de Gaulle quand d’autres s’unissent avec la gauche. La présidentialisation du régime a « laminé et dévalorisé les centristes », rapporte au Monde l’historien Jean-Pierre Rioux en 2017.


Les dates clés

1965

En décembre 1965, le candidat du MRP, Jean Lecanuet, crée la surprise au premier tour de l’élection présidentielle en recueillant 15,6 % des suffrages, derrière Charles de Gaulle et François Mitterrand. Il était crédité dans les sondages de moins de 5 % des intentions de vote à l’annonce de sa candidature. Pendant sa campagne, Jean Lecanuet se pose en réformiste et promeut la modernisation de la France et la construction européenne, en opposition à ce qu’il appelle le « nationalisme étroit et désuet » de Charles de Gaulle. Fort de cette position de « troisième homme », Jean Lecanuet fonde en 1966 le Centre démocrate, un mouvement regroupant plusieurs composantes et se définissant comme « démocrate, social et européen », qui veut incarner une troisième voie par rapport au gaullisme et à la gauche. Mais le Centre démocrate échoue à s’installer comme le parti du centre, concurrencé notamment à droite par le Centre démocratie et progrès, créé en 1969 par des dissidents qui soutiennent le président gaulliste Georges Pompidou.

1974

Le candidat de centre droit Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République en mai 1974, face au socialiste François Mitterrand. « Je gouverne et je gouvernerai la France au centre », déclare-t-il lors d’une allocution télévisée en décembre 1975. Valéry Giscard d’Estaing incarne une droite libérale par opposition au gaullisme, mais il mène d’importantes réformes sociétales. Son accession au pouvoir donne une nouvelle impulsion aux formations centristes morcelées. En février 1978, l’Union pour la démocratie française (UDF) est créée par des partisans de Valéry Giscard d’Estaing, à partir de différents courants du centre et de la droite non gaulliste. Son objectif est de constituer un parti présidentiel et de concurrencer le RPR, parti créé par Jacques Chirac se réclamant du gaullisme. Aux législatives de mars 1978, l’UDF devient avec 123 sièges le deuxième groupe de l’Assemblée nationale derrière le RPR (154 sièges).

1998

Cinq présidents de régions UDF sont élus aux élections régionales de mars 1998 grâce au soutien du parti d’extrême droite Front national (FN) et finissent par être exclus du mouvement. L’UDF, qui regroupe plusieurs partis, est alors traversée par une importante crise politique : François Bayrou, président de Force démocrate, l’une de ses composantes, condamne cette alliance avec le FN, tandis qu’Alain Madelin, leader de Démocratie libérale, refuse de « participer à la curée » et quitte l’UDF. Démocratie libérale devient un parti indépendant. François Bayrou, élu président de l’UDF fin 1998, entame selon ses mots « l’unification de la famille du centre », qu’il appelle la « Nouvelle UDF ». Il refuse le principe d’alliance avec le RPR qui avait cours depuis une dizaine d’années. En 2002, l’éclatement de l’UDF se poursuit : le RPR fusionne avec plusieurs partis dont Démocratie libérale pour créer l’UMP (Union pour un mouvement populaire), qui affiche l’ambition de rassembler les forces de droite et du centre droit. De nombreux parlementaires UDF rejoignent l’UMP.

2007

En avril 2007, le candidat du centre François Bayrou arrive troisième à l’élection présidentielle, avec 18,6 % des suffrages, derrière Nicolas Sarkozy (UMP) et Ségolène Royal (PS). Il a bénéficié des voix d’électeurs votant habituellement socialiste, selon une analyse du professeur de sciences politiques Nicolas Sauger. François Bayrou fonde en décembre 2007 le Mouvement démocrate (MoDem), mettant fin de facto à l’UDF. Lors du congrès fondateur, il affirme que le MoDem « est fait, non pas pour dire “ni gauche ni droite”, mais pour dépasser la gauche et la droite ». Ce nouvel ancrage indépendant du MoDem provoque des départs : ceux qui refusent l’éloignement avec la droite créent Le Nouveau Centre en 2007 et s’allient à l’UMP. En 2012, François Bayrou recueille 9 % des suffrages lors de l’élection présidentielle. Il ne donne aucune consigne de vote, mais fait savoir qu’il votera personnellement pour le socialiste François Hollande face à Nicolas Sarkozy. Lors de la présidentielle de 2017, François Bayrou s’allie à Emmanuel Macron.


Les partis

Parti radical. Le Parti radical, fondé en 1901, est le plus vieux parti de France. Défenseur des valeurs républicaines et de la laïcité, il s’est scindé en 1972. En 2017, le Parti radical valoisien (centre droit) et le Parti radical de gauche (centre gauche) s’allient à nouveau dans le Mouvement radical et annoncent rechercher « un système alternatif à celui de gauche-droite » qui n’est « pas par principe dans la majorité ou par décret dans l’opposition ».

UDI. L’Union des démocrates et indépendants (UDI) est un parti de centre droit fondé en 2012 par Jean-Louis Borloo, qui entend réunifier la famille du centre droit éclatée depuis la création du MoDem. L’UDI réunit des radicaux, des indépendants, des divers droite et des centristes. Jean-Louis Borloo décrit sa formation comme « indépendante, mais dans une coalition claire avec la droite républicaine ».

LREM. Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie sous la présidence de François Hollande, crée en avril 2016 le mouvement En Marche, qui deviendra le parti La République en marche. Il affirme que son mouvement n’est « pas à droite, pas à gauche ». Il déclare à plusieurs reprises dans la presse ne pas être un centriste pour autant.