23 décembre 2020

Tout s’explique

Regain de violences en Centrafrique

Que s’est-il passé en Centrafrique ?

La mission de l’ONU en Centrafrique, la Minusca, a affirmé aujourd’hui à l’AFP avoir repris, avec l’armée centrafricaine, la ville de Bambari dont des rebelles s’étaient emparés hier. Cette ville est située à près de 400 km de la capitale, Bangui. D’autres groupes rebelles ont pris hier le contrôle d’axes routiers importants dans l’ouest du pays. Tandis que des élections présidentielle et législatives sont prévues dimanche, ces groupes rebelles ont lancé vendredi des attaques sur plusieurs villes. Le gouvernement a accusé le même jour l’ancien président François Bozizé de « tentative de coup d’État », avec « l’intention manifeste de marcher avec ses hommes sur Bangui ». Il a fait appel dimanche au soutien de la Russie et du Rwanda, deux pays alliés, pour la « sécurisation du processus électoral ».

Pourquoi des groupes armés se rebellent-ils ?

Six groupes rebelles ont fusionné jeudi dernier au sein de la « Coalition des patriotes pour le changement ». Ils avaient dénoncé deux jours plus tôt « l’échec patent » de l’accord de paix signé en 2019 entre le gouvernement et 14 groupes armés, ainsi que « le refus du pouvoir en place d’engager une large concertation nationale » avant la tenue des élections. Ils disent redouter qu’elles ne soient pas « transparentes et crédibles ». La Cour constitutionnelle a invalidé le 3 décembre la candidature de François Bozizé à la présidentielle, en raison du mandat d’arrêt international et des sanctions de l’ONU dont il fait l’objet pour des soupçons de soutien à des groupes armés accusés de crimes de guerre. François Bozizé était arrivé au pouvoir à l’issue d’un coup d’État en 2003, avant d’être renversé en 2013. Il est revenu en Centrafrique fin 2019 après plusieurs années d’exil.

Quelle est la situation politique depuis la guerre civile ?

La réélection de François Bozizé en 2011 a entraîné une rébellion de plusieurs mouvements issus de régions du Nord à majorité musulmane et réunis au sein de l’alliance « Séléka ». Cette alliance a renversé le président en 2013, entraînant une guerre civile avec les anti-balaka, des milices d’autodéfense chrétiennes fidèles à Bozizé. La France a alors engagé jusqu’à 2 000 soldats en Centrafrique dans le cadre de l’opération Sangaris, pour aider le pouvoir central à combattre la rébellion. L’opération Sangaris a pris fin en 2016, année de l’élection de l’actuel président, Faustin-Archange Touadéra. Malgré l’accord de paix signé l’an dernier pour mettre fin aux violences, « l’État centrafricain n’a jamais pu asseoir son autorité », a souligné Louisa Lombard, professeure d’anthropologie spécialiste de la Centrafrique, à TV5 Monde hier. Elle précise qu’aujourd’hui les milices contrôlent la majorité du territoire et le président « seulement la zone de la capitale et les environs ».

POUR ALLER PLUS LOIN

L’analyse sur la situation centrafricaine de Louisa Lombard sur TV5 Monde.

Les origines du conflit détaillées par RFI.

Nos explications de 2019 sur l’accord de paix.