29 décembre 2020

Tout s'explique

Dissensions autour de la création d’un Conseil national des imams

Qu’a décidé la Grande Mosquée de Paris ?

Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, a annoncé hier en fin d’après-midi son retrait du projet de création d’un Conseil national des imams chargé de certifier leur formation. Le 18 novembre, lors d’une rencontre à l’Élysée, les représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM), une association assurant sa représentation auprès des pouvoirs publics, avaient présenté un tel projet à Emmanuel Macron. Dans un discours prononcé aux Mureaux (Yvelines) le 2 octobre, le président de la République avait fixé un objectif de six mois pour organiser une labellisation des formations, une certification des imams et pour rédiger une charte des principes républicains, dont le non-respect entraînerait leur révocation. Pour justifier son retrait, Chems-Eddine Hafiz met en cause, sans donner de nom, « la composante islamiste au sein du CFCM, notamment celle liée à des régimes étrangers hostiles à la France » bloquant selon lui les négociations sur la rédaction de la charte.

Quel est le but de la création d’un Conseil national des imams ?

Un rapport sénatorial de 2016 explique que les imams exerçant en France dans les 2 500 lieux de culte sont étrangers pour 70 % à 80 % d’entre eux. Parmi eux, 301 imams sont détachés et financés par des pays étrangers, principalement la Turquie et l’Algérie, selon le rapport. Or, ces imams « ne maîtrisent généralement pas la langue française » et leur présence « contribue à pérenniser l’influence sur le culte musulman en France de pays étrangers ». « Nous avons décidé de mettre fin à ce système » et « nous allons nous-mêmes former nos imams », a déclaré Emmanuel Macron dans son discours du 2 octobre. Dans un communiqué publié le 19 novembre, le CFCM explique que le Conseil national des imams aura pour mission de mettre en place « une procédure d’agrément des imams au niveau national en fonction de leurs connaissances religieuses ».

Comment fonctionne le CFCM ?

Le Conseil français du culte musulman a été créé en 2003 sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, dans le but de représenter le culte musulman auprès des pouvoirs publics. Cette association régie par la loi de 1901 regroupe des fédérations et associations gestionnaires de lieux de culte qui sont souvent liées à des pays (Turquie, Algérie, Maroc) ou à des groupes religieux tels que les Frères musulmans. Elle regroupe également des déclinaisons locales, les conseils régionaux du culte musulman. Le CFCM est contesté pour son manque de représentativité ou de légitimité. « Tout le monde sait qu’il est une institution fragile », composé de fédérations qui « aujourd’hui comme hier, passent leur temps à s’y disputer », estimait ainsi Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, dans une tribune publiée par Le Monde le 1er décembre.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un article du chercheur Francis Messner sur l’organisation de l’islam en France.