14 janvier 2021

Tout s’explique

Le gouvernement s’oppose à une offre d’achat sur Carrefour

En quoi consiste l’offre de rachat de Carrefour proposée par Couche-Tard ?

La société canadienne Couche-Tard, qui exploite un réseau d’épiceries et de stations-service, principalement en Amérique du Nord, a affirmé hier avoir présenté au groupe français de distribution Carrefour une offre en vue d’un « rapprochement amical ». L’offre est basée sur un prix de 20 euros par action Carrefour, ce qui valoriserait le distributeur à 16 milliards d’euros environ alors qu’il valait environ 12,5 milliards d’euros en bourse avant l’annonce. Carrefour a souligné hier que les discussions étaient « très préliminaires ». « L’idée que Carrefour puisse être racheté par un concurrent étranger, a priori, je ne suis pas favorable à cette opération », a déclaré le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, hier soir sur France 5. Il estime que « ce qui est en jeu, c’est la souveraineté alimentaire des Français » et que la crise du Covid-19 a montré « à quel point » la sécurité d’approvisionnement était « vitale ».

Pourquoi le gouvernement peut-il s’opposer à ce rapprochement ?

En vertu d’un décret de 2005, le gouvernement peut soumettre à l’autorisation préalable du ministre de l’Économie les investissements étrangers dans certains secteurs stratégiques. D’abord cantonné à la défense et la sécurité, le décret s’applique depuis 2014 aux activités des secteurs de l’énergie, des communications électroniques, de la santé publique ou encore de l’intelligence artificielle. Son objectif est d’assurer la défense des intérêts nationaux et la sécurité publique. Depuis le 1er janvier 2020 est également concernée « la sécurité alimentaire nationale », qui comprend la production, la transformation et la distribution des produits agricoles. L’autorisation préalable du gouvernement s’impose dès lors qu’un investissement étranger concerne au moins 25 % du capital d’une entreprise. En raison de la crise sanitaire, ce seuil est abaissé à 10 % depuis juillet et jusqu’au 31 décembre 2021.

Quelle est la situation économique de Carrefour ?

En 2019, Carrefour, qui possède 12 225 points de vente dans le monde, a réalisé un résultat d’exploitation de 2,1 milliards d’euros en hausse de 7,4 % par rapport à 2018, après trois années de baisse consécutives. En janvier 2018, le groupe a fait évoluer son modèle face au changement d’habitudes des consommateurs. Il a mis en place un plan de transformation et de réduction des coûts impliquant 2 400 suppressions de postes sur 115 000 en France et axé sur le développement du numérique, de la proximité et du bio. Dans cette optique, Carrefour a acquis en novembre l’enseigne Bio c’ Bon, placée en redressement judiciaire, et compte ouvrir 2 000 nouveaux magasins de proximité d’ici cinq ans. Carrefour repense également le modèle de ses hypermarchés en réduisant la surface consacrée aux produits non alimentaires. Entre 2010 et 2018, le chiffre d’affaires de l’ensemble des hypermarchés de France a baissé de 3,3 %, selon le cabinet d’étude Nielsen.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un portrait de Couche-Tard par Radio-Canada.

Les explications de Brief.eco sur les investissements directs étrangers.