1er février 2021

Tout s’explique

L’armée prend le pouvoir en Birmanie

Pourquoi Aung San Suu Kyi a-t-elle été arrêtée ?

L’armée birmane a pris le pouvoir ce matin après avoir procédé à l’arrestation de plusieurs hauts dirigeants et de responsables du parti au pouvoir. Le président et la conseillère spéciale d’État (qui fait office de Première ministre), Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix 1991, ont été placés en détention. Dans une annonce à la télévision, l’armée a déclaré que la présidence par intérim serait exercée par le commandant en chef des armées et a instauré l’état d’urgence pour un an. Elle a également annoncé la tenue prochaine d’élections « libres et équitables ». L’armée dénonce des « fraudes » lors des élections législatives du 8 novembre, largement remportées par le parti d’Aung San Suu Kyi, au pouvoir depuis 2016, face au PUSD, le parti d’opposition proche de l’armée. Le nouveau Parlement élu en novembre devait tenir aujourd’hui sa première session. Aung San Suu Kyi a appelé les Birmans à manifester « contre le putsch mené par l’armée ».

Quelle place occupe l’armée au sein du pouvoir birman ?

Dirigée pendant près de 50 ans par des régimes militaires, la Birmanie a amorcé une transition démocratique en 2011 après l’entrée en vigueur d’une nouvelle Constitution, adoptée lors d’un référendum en 2008. La junte militaire a alors été dissoute, laissant place à un gouvernement civil, mais essentiellement composé d’anciens militaires, après des élections législatives largement remportées par le PUSD en 2010. La Constitution de 2008 garantit à l’armée un quart des sièges au Parlement et le contrôle des ministères de la Défense, de l’Intérieur et des Frontières. La Constitution interdit par ailleurs à tout citoyen ayant épousé un étranger ou ayant des enfants étrangers de devenir président, empêchant ainsi l’opposante Aung San Suu Kyi, dont les enfants sont britanniques, de devenir présidente. Son parti, au pouvoir depuis les élections législatives de 2015, a tenté en vain de faire amender la Constitution en 2019.

Quelle est la situation des droits humains en Birmanie ?

Un rapport d’une commission d’enquête de l’ONU a estimé en 2018 que les haut gradés de l’armée birmane devaient « être poursuivis pour génocide » en raison de massacres de Rohingyas, une minorité musulmane, à l’été 2017 dans l’État de Rakhine, dans l’ouest du pays. 10 000 personnes avaient été tuées et environ 750 000 avaient alors fui au Bangladesh voisin, selon l’ONU. Aung San Suu Kyi a fait l’objet de nombreuses critiques au plan international pour son inaction face à ces violences et s’est vu retirer plusieurs prix récompensant son engagement pour les droits humains. Ces crimes se sont poursuivis depuis, selon des ONG de défense des droits humains, Amnesty International dénonçant un « système s’apparentant à un régime d’apartheid » dans l’État de Rakhine en 2019. L’ONG fait également état d’arrestations et de détentions arbitraires de défenseurs des droits humains, ainsi que de restrictions à la liberté d’expression dans le pays.

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