9 février 2021

Tout s’explique

Les tensions entre l’UE et la Russie

Pourquoi des diplomates russes et européens ont-ils été expulsés ?

Les ministères des Affaires étrangères de Pologne, d’Allemagne et de Suède ont décidé simultanément hier soir d’expulser des diplomates russes. Cette décision s’applique en raison « du principe de réciprocité », a expliqué le ministère polonais. Vendredi, le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé l’expulsion de diplomates polonais, allemand et suédois auxquels il reproche d’avoir participé à des manifestations non autorisées de soutien à l’opposant russe Alexeï Navalny. Plusieurs dirigeants européens avaient appelé mardi dernier à la libération d’Alexeï Navalny alors que celui-ci venait d’être condamné à trois ans et demi de prison pour avoir enfreint les conditions d’une peine de prison avec sursis. Le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a déclaré cet après-midi devant le Parlement européen qu’il « serait bon de prévoir des sanctions » à l’encontre de la Russie.

De quels mécanismes de sanctions l’UE dispose-t-elle ?

Le Conseil de l’UE, qui rassemble les ministres des États membres en fonction du sujet concerné, peut prendre des sanctions à l’encontre d’un pays tiers, en visant des personnes, des entités, voire le gouvernement. Ces sanctions peuvent être prises en réponse à des actions contraires à la sécurité de l’UE ou au droit international, afin de « susciter un changement de politique ou de comportement de la part des personnes ou entités visées », explique le Conseil de l’UE sur son site. Elles peuvent comprendre un gel des avoirs, des restrictions de déplacement ou un embargo sur les armes. Une telle décision doit être adoptée à l’unanimité des États membres. Depuis 2014, l’UE a pris et renouvelé une série de sanctions à l’encontre de la Russie « en réponse à l’annexion illégale de la Crimée et à la déstabilisation délibérée de l’Ukraine ».

En quoi consiste le projet de gazoduc Nord Stream 2 ?

Le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, a déclaré le 1er février que prendre des sanctions « ne suffit pas » et s’est dit favorable à l’abandon du projet de gazoduc Nord Stream 2. Ce gazoduc, dont la construction est presque achevée, relie la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique. Son exploitation fait l’objet d’un débat au sein de l’UE, certains pays estimant qu’elle risque d’entraîner une dépendance trop forte vis-à-vis du gaz russe. Financé pour moitié par la compagnie russe Gazprom, le gazoduc doit permettre d’acheminer 110 milliards de mètres cubes de gaz russe vers l’Europe par an, soit le double de la capacité actuelle du gazoduc Nord Stream. La Russie est le premier fournisseur de gaz de l’UE, avec environ 40 % des importations, selon la Commission européenne. Le gaz russe est acheminé essentiellement par des gazoducs, passant par l’Ukraine et la Biélorussie. Le gouvernement allemand s’est dit opposé à l’abandon du gazoduc Nord Stream 2.

POUR ALLER PLUS LOIN

Les divisions de l’UE sur le projet du gazoduc Nord Stream 2 expliquées par Les Échos.

Une carte des pays visés par des sanctions de l’UE.