11 février 2021

Tout s'explique

Des manifestants réclament le départ du président en Haïti

Pourquoi des manifestations ont-elles lieu en Haïti ?

Des manifestations, réprimées par la police, ont lieu en Haïti depuis dimanche pour réclamer le départ du président, Jovenel Moïse. Les partis d’opposition estiment que son mandat, d’une durée de cinq ans, s’est achevé le 7 février, car il aurait dû commencer le 7 février 2016. Jovenel Moïse n’a en fait été investi qu’en février 2017, car un premier scrutin organisé en octobre 2015 a été annulé en raison de « fraudes massives », selon le rapport d’une commission d’enquête. Jovenel Moïse a finalement été élu un an plus tard, lors d’un second scrutin. Il considère donc que son mandat s’achèvera en février 2022. Dimanche, le gouvernement a déclaré qu’une tentative de coup d’État avait été déjouée et que 23 personnes avaient été arrêtées. Les partis d’opposition ont nommé lundi Joseph Mécène Jean Louis, juge à la Cour de cassation, comme président par intérim. Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU a apporté son soutien à Jovenel Moïse qui a selon lui « prêté serment en février 2017 pour un mandat de cinq ans ».

Quel est l’état des institutions politiques haïtiennes ?

Haïti n’a plus de chambre des députés. Le mandat des députés a expiré le 13 janvier 2020, des désaccords politiques ayant entraîné le report des élections législatives prévues en octobre 2019. Le président, Jovenel Moïse, gouverne par décret. La non-tenue des élections engendre des « dysfonctionnements au niveau des pouvoirs de l’État », estimait en janvier 2020 le Conseil électoral provisoire, un organe chargé de l’organisation des élections. En juin dernier, le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti regrettait également « l’absence d’un conseil constitutionnel », pourtant prévu par la Constitution, « seul apte à arbitrer » les débats sur la durée du mandat des élus. Il s’agit selon lui d’« une illustration parmi d’autres des nombreux dysfonctionnements institutionnels qui paralysent l’action de l’État et le fragilisent davantage ».

Quelle est la situation économique du pays ?

Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain, selon la Banque mondiale, un organisme de financement du développement. Son PIB (la production totale de biens et de services) n’a progressé que de 0,6 % entre 2009 et 2019. Selon la dernière enquête de la Banque mondiale sur la pauvreté, datant de 2012, plus de 6 millions d’Haïtiens vivaient sous le seuil de pauvreté sur 11,2 millions d’habitants. En 2019, Haïti était placé 169e pays sur 189 selon l’indice de développement humain, une mesure permettant d’évaluer le développement d’un pays. La Banque mondiale estime que « l’instabilité a entravé le développement économique et social d’Haïti ». Le pays a également grandement souffert de diverses catastrophes naturelles comme un séisme en 2010 et l’ouragan Matthew en 2016.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un reportage de RFI sur la manifestation de mercredi en Haïti.