13 février 2021

On revient au début

Les relations entre l’UE et la Russie

Les ministères des Affaires étrangères polonais, allemand et suédois ont annoncé lundi l’expulsion de diplomates russes, en réponse à une annonce similaire de la part de la Russie la semaine dernière. Les autorités russes avaient décidé d’expulser des diplomates européens qu’elles accusaient d’avoir participé à des manifestations non autorisées de soutien à l’opposant russe Alexeï Navalny. Ces expulsions s’inscrivent dans un contexte d’accumulation des tensions entre la Russie et l’UE, en particulier depuis l’annexion de la Crimée.


À l’origine

Plusieurs pays aujourd’hui membres de l’Union européenne entretiennent de longue date des liens avec la Russie. C’est le cas de la France, qui entame des relations diplomatiques avec elle en 1717. Ces relations se détériorent lorsque Napoléon lance une offensive contre la Russie en 1812, à l’issue de laquelle il bat en retraite. En 1892, les deux pays se rapprochent à nouveau en signant un accord de coopération militaire. Puis ils s’associent au Royaume-Uni au sein de la Triple-Entente et affrontent la Triple Alliance constituée de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie et de l’Italie au cours de la Première Guerre mondiale. Face à la révolution bolchévique de 1917, les pays européens prennent leurs distances avant de progressivement reconnaître l’existence de l’URSS créée en 1922. Après la Seconde Guerre mondiale, l’URSS occupe militairement plusieurs pays d’Europe de l’Est et y soutient l’instauration de régimes communistes. 10 pays d’Europe occidentale s’associent alors avec les États-Unis et le Canada au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) en 1949 pour faire face à la menace soviétique.


Les dates clés

1990

Alors que le mur de Berlin s’est effondré quelques mois plus tôt, l’Otan déclare en juillet 1990 que l’URSS n’est plus un adversaire. « La guerre froide appartient à l’histoire, notre alliance est en train de passer de la confrontation à la coopération », déclare son secrétaire général. L’effondrement de l’URSS en 1991 ouvre la voie à une normalisation des relations entre les pays d’Europe occidentale et la Russie. En 1994, l’UE et la Russie signent un accord de partenariat et de coopération, à travers lequel ils définissent leurs liens. Il entre en vigueur en 1997 pour 10 ans, puis est renouvelé chaque année. Il instaure plusieurs sommets et réunions régulières pour promouvoir le dialogue politique. Il vise à accroître les échanges économiques en supprimant des taxes douanières. En 2003, l’UE et la Russie définissent quatre « espaces communs » (espace économique, espace de liberté, de sécurité et de justice, espace de sécurité extérieure et espace de recherche, d’éducation et de culture) et renforcent leur coopération dans ces domaines.

2004

L’UE passe en 2004 de 15 à 25 pays membres. Huit des 10 nouveaux pays intégrés sont d’anciennes républiques soviétiques (Estonie, Lettonie, Lituanie) ou d’anciens États sous influence de l’URSS (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Slovénie). Cet élargissement suscite des craintes de la part de la Russie, qui désapprouve l’extension induite de l’accord de partenariat et de coopération à 10 pays supplémentaires. Elle craint aussi pour ses débouchés économiques, alors que ces nouveaux pays membres vont pouvoir percevoir des aides européennes, par exemple dans le domaine de l’agriculture. Cette situation isole davantage son territoire de Kaliningrad, situé entre la Pologne et la Lituanie. Après des négociations, l’UE et la Russie parviennent à s’entendre sur une extension de l’accord de partenariat et de coopération et adoptent parallèlement une série de mesures visant à aider la Russie à faire face à la nouvelle situation née de l’élargissement. L’UE s’élargit encore à deux anciens pays du bloc communiste en 2007, la Bulgarie et la Roumanie.

2013

Le président ukrainien pro-russe, Viktor Ianoukovitch, annonce en 2013 l’abandon de l’accord visant à intégrer le pays à l’UE. Des manifestations aboutissent à sa destitution, mais plusieurs territoires ne reconnaissent pas le nouveau gouvernement pro-européen et revendiquent leurs liens avec la Russie, qui soutient des forces séparatistes. Les autorités russes organisent en 2014 un référendum, non reconnu par l’ONU, dans la péninsule ukrainienne de Crimée, à l’issue duquel le rattachement du territoire à la Russie est approuvé à 98 % des voix. L’UE réprouve cette annexion et instaure des sanctions diplomatiques et commerciales. La France et l’Allemagne s’impliquent en tant que médiateurs pour résoudre le conflit entre l’Ukraine et la Russie, alors que des combats ont lieu dans l’est de l’Ukraine. L’UE condamne également à partir de 2016 des bombardements russes en Syrie, survenus en soutien des forces du président Bachar el-Assad.

2019

Emmanuel Macron déclare en novembre 2019 à l’hebdomadaire britannique The Economist : « Si nous voulons bâtir la paix en Europe, reconstruire de l’autonomie stratégique européenne, nous avons besoin de reconsidérer notre position avec la Russie. » Ses propos soulèvent des inquiétudes, alors que la France a déjà contribué à ce que la Russie réintègre en juin l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, chargée de veiller au respect des droits humains dans ses 47 pays membres, où sa participation avait été suspendue en 2014. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, craint que ce rapprochement se fasse « aux dépens de nos rêves communs de souveraineté de l’Europe ». Dans un article publié en 2019, deux membres du centre de réflexion britannique sur les relations internationales Chatham House estiment que les critiques répétées d’Emmanuel Macron envers la Russie vont à l’encontre de sa volonté de rapprochement. « Il n’y a pas de leader mondial avec une attitude plus contradictoire envers la Russie qu’Emmanuel Macron », écrivent-ils.


L’analyse

Les principales recettes du budget fédéral russe proviennent de l’exportation d’hydrocarbures. La Russie est le premier pays fournisseur de gaz de l’UE, avec environ 40 % de ses importations, selon la Commission européenne. La Russie a donc tout intérêt à ce que l’UE continue d’utiliser son gaz. Celui-ci est acheminé principalement par des gazoducs passant par plusieurs pays frontaliers, comme l’Ukraine et la Biélorussie. Un autre relie la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique et doit bientôt être doublé par le projet Nord Stream 2, dont la construction est quasiment terminée. La Commission européenne a émis à plusieurs reprises des réserves sur sa construction, estimant que ce projet pouvait affaiblir la sécurité de l’approvisionnement de l’UE. Plusieurs pays, dont la France, souhaitent aussi que sa mise en service soit suspendue pour exercer sur la Russie une pression plus efficace que les sanctions prises jusqu’ici, notamment depuis l’emprisonnement fin janvier de l’opposant Alexeï Navalny à son retour en Russie après son empoisonnement en août dernier. L’Allemagne, qui est le plus gros importateur de gaz russe de l’UE, s’y oppose pour le moment.