18 février 2021

Tout s’explique

Les libertés académiques en question

Que répond le CNRS à la demande d’étude de Frédérique Vidal ?

Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), un organisme public, a déploré hier soir la « polémique » autour de « l’islamo-gauchisme » dans le monde universitaire et estimé qu’elle visait à « remettre en cause la liberté académique ». Mardi, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé son intention de demander au CNRS de faire « un bilan de l’ensemble des recherches qui se déroulent » dans le milieu universitaire, citant en exemple le postcolonialisme. Elle avait affirmé dimanche que « l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas imperméable ». S’il se dit prêt à participer à l’étude souhaitée par la ministre, le CNRS estime que « l’islamo-gauchisme » est un « slogan politique » qui « ne correspond à aucune réalité scientifique » et condamne « les tentatives de délégitimation des différents champs de la recherche » portant sur les études postcoloniales ou les travaux sur le terme de « race ».

Comment est évaluée la recherche en France ?

Le ministère de l’Enseignement supérieur a précisé que ce bilan serait conduit par l’alliance Athena. Cette alliance regroupe les principaux organismes de la recherche publique, dont le CNRS, et la Conférence des présidents d’université (CPU), une association qui rassemble des dirigeants d’établissement. L’alliance Athena a publié en 2016 à la demande du gouvernement un rapport sur l’état de la recherche en France sur les radicalisations et formulé des recommandations. La recherche scientifique est normalement évaluée par les pairs, c’est-à-dire des experts du sujet d’étude, explique à B‌r‌i‌e‌f‌.‌m‌e le CNRS. C’est le cas au moment de la publication des travaux dans des revues scientifiques ou lors des évaluations que diligente régulièrement le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, une autorité administrative indépendante. La CPU s’étonne dans un communiqué de « l’instrumentalisation du CNRS dont les missions ne sont en aucun cas de produire des évaluations du travail des enseignants-chercheurs ».

En quoi consistent les libertés académiques ?

Le Code de l’éducation garantit plusieurs libertés au secteur de la recherche. Il y est affirmé que les enseignants-chercheurs « jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression » dans leurs activités, sous réserve des « principes de tolérance et d’objectivité ». La loi de programmation de la recherche 2021-2030, promulguée fin décembre, y a ajouté que les libertés académiques « s’exercent conformément au principe à caractère constitutionnel d’indépendance des enseignants-chercheurs ». Le président de l’université Clermont-Auvergne, Mathias Bernard, a considéré hier dans Libération que le débat sur l’« islamo-gauchisme » part de l’existence d’un « militantisme intolérant qui, en empêchant par exemple la tenue de certaines conférences, pose problème à l’université ». Mais il souligne qu’il « faut le distinguer des études en sciences sociales qui s’inscrivent dans l’héritage de la pensée postcoloniale » et qui contribuent au « débat scientifique ».