26 février 2021

Tout s'explique

L’Érythrée accusée de crimes de guerre au Tigré

Quelles sont les conclusions du rapport d’Amnesty International ?

L’ONG de défense des droits humains Amnesty International accuse, dans un rapport publié aujourd’hui, l’armée érythréenne de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans le conflit dans la région éthiopienne du Tigré. Le 4 novembre dernier, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a envoyé l’armée nationale dans cette région du nord du pays (voir la carte), pour s’opposer au Front de libération du peuple du Tigré, détenteur du pouvoir local. « Durant environ 24 heures, du 28 au 29 novembre, les militaires érythréens ont délibérément abattu des civils dans la rue et mené des recherches systématiques maison par maison, exécutant arbitrairement hommes et garçons », affirme Amnesty. L’ONG se base sur les témoignages de « 41 témoins et survivants » et sur des images satellites. Des membres d’une mission de l’ONU ont également rapporté la présence de troupes érythréennes, ce que le pays ne reconnaît cependant pas.

Quelle est la situation actuelle dans la région du Tigré ?

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime que 61 000 personnes ont fui le Tigré depuis le début du conflit pour se rendre au Soudan, selon des chiffres actualisés hier. L’ONU s’inquiétait également hier des « allégations » d’exécutions, d’enlèvements ou de retours forcés de réfugiés érythréens présents au Tigré « de la part des forces érythréennes ». Selon des estimations publiées début février par le Programme alimentaire mondial, une agence de l’ONU, entre 2,5 et 3 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence dans la région. Un porte-parole de l’ONU a déclaré début février que l’aide humanitaire n’arrivait pas jusqu’aux zones rurales du Tigré, où vivent deux tiers de la population, faute d’« autorisations nécessaires pour déplacer le personnel nécessaire au Tigré ». « L’électricité, les communications et les services de base restent largement perturbés », a ajouté l’ONU début février, jugeant la situation « dramatique ».

Quelles sont les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée ?

L’Éthiopie et l’Érythrée ont entretenu pendant près de cinq décennies des relations belliqueuses. Annexée en 1962 par l’Éthiopie, l’Érythrée est devenue indépendante en 1993 après 30 ans de guerre. Un conflit sur le tracé des frontières a ensuite opposé les deux pays à partir de 1998. L’Éthiopie et l’Érythrée ont finalement signé un accord de paix en juillet 2018, ce qui a valu au Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, de se voir décerner le prix Nobel de la paix en 2019. Dans le conflit au Tigré, le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) a accusé l’Érythrée de soutenir militairement l’Éthiopie et a lancé en novembre des roquettes sur la capitale érythréenne en riposte. Le FLPT, qui dirigeait le pays avant l’arrivée d’Abiy Ahmed, est resté hostile à l’Érythrée, et inversement. « Les gouvernements éthiopien et érythréen ont un ennemi commun » et « leur alliance repose sur la destruction de ce dernier », expliquait en décembre Richard Reid, professeur d’histoire africaine à l’université d’Oxford, dans L’Express.

POUR ALLER PLUS LOIN

Nos explications de novembre sur le conflit au Tigré.